Squelette de "la Dame de Bonifacio", la plus ancienne trace humaine en Corse.
2000 à 1200
Construction des "Castelli" et des "Torre" sur toute la Corse, particulièrement dans le sud.
vers 565
Les Phocéens (Grecs) s'installent à Alalia (future Aléria).
540
Bataille navale d'Alalia : les Carthaginois défont les colons Grecs.
259
La Corse est lentement romanisée.
Le haut moyen Age
APRES J-C
5e SIECLE
La Corse est ravagée par les Vandales, puis les Ostrogoths. La population est estimée à 120 000 habitants.
Vers 420
Ruine d'Aléria.
8-9-10e SIECLE
Les raids sarrasins harcèlent la Corse, menaçant l'intérieur des terres.
Vers 1020
Pise et Gênes s'entendent pour combattre les bases sarrasines en Corse, menaces permanentes pour leur puissance maritime.
La Pisane (1077 - 1284)
1092
Pise, république maritime alors au faît de sa puissance en Méditerrannée, reçoit le privilège de nommer les évêques corses.
Gênes république commerçante rivale, revendique des droits sur l'île.
1133
Le pape Innocent II confirme à Pise l'autorité sur les évêchés d'Aléria, Ajaccio et Sagone, et accorde à Gênes ceux d'Accia, Mariana et St-Florent (Nebbio).
1195
Les génois s'installent à Bonifacio et colonisent la cité.
1268
Les génois fondent Calvi.
1284
Bataille navale de la Meloria entre Pise et Gênes. C'est l'effondrement de Pise qui perd 52 navires et 16 000 hommes, et doit céder la Corse à Gênes.
La Corse génoise (1284-1768)
1297
Le pape Boniface VIII donne l'investiture de la Corse et de Sardaigne au roi d'Aragon. Gênes aux prises avec Venise, délaisse momentanément la Corse.
1348
Grande peste : la Corse perd le tiers de sa population.
1420
Vincentello d'Istria, "lieutenant du roi d'Aragon en Corse" construit la citadelle de Corte.
1553
Les troupes du roi de France Henri II débarquent en Corse, appuyées par Sampiero Corso.
1559
Le traité de Cateau-Cambrésis restitue l'île aux Génois.
1559 - 1569
Sampiero Corso entretient des soulèvements dans l'île jusqu'à son assassinat (1567).
19 tours de guet sont construites sur le littoral pour lutter contre les raids barbaresques.
1584
Une ordonance génoise oblique tous les propriétaires à planter chaque année quatre arbres fruitiers. Développement considérable des châtaigneraies.
1729 - 1769
Succession de soulèvements populaires appelés "guerre d'indépendance".
1738 & 1748
Interventions françaises militaires en Corse.
1755 - 1769
Pascal Paoli se fait élire "Général de la nation Corse". Il proclame un "gouvernement de la nation Corse" à Corte.
1768
Par le traité de Versailles, Gênes cède la Corse à la France.
1769
Défaite de Pascal Paoli devant les troupes françaises à Ponte Nuovo, le 8 mai. Il part en exil en Angleterre.
Le 15 août, naissance de Napoléon Bonaparte.
La Corse Française
1789
La Corse, département français, compte 160 000 habitants.
1794 - 1796
Constitution du royaume Anglo-Corse. Sir Gilbert-Elliot est vice-roi de l'île.
1796
Réoccupation française. L'île est divisée en deux départements : le Golo et le Liamone.
1891
280 000 habitants.
1942 - 1943
Occupation de la Corse par les troupes allemandes et italiennes pendant la seconde Guerre Mondiale.
1970
La Corse est séparée de la région Provence-Alpes-Côtes d'Azur et devient la 22e région de France.
1971
Création du Parc Naturel régional de Corse.
1975
La Corse est divisée en deux départements : Haute-Corse et Corse-du-Sud.
Réveil des revendications autonomistes.
1981
Election de la première assemblée de Corse au suffrage universel.
copyright CALDANU
Le nebbiu et sa légende
Le vaste territoire qui s'étend des
montagnes de Tenda à celles du Zuccarellu, était au Moyen Âge appelé Terra
Cortinca, du nom des féodaux qui régnaient alors sur la région.
L'an mil de la naissance de Jésus
Christ, est une période mythique. En ce temps là, nous dit la chronique de
Giovanni de La Grossa régnait en Corse, le comte Arrigo Bel Messere, grand
seigneur paré de toutes les vertus et aimé du peuple. A la même époque, était
évêque d'Aléria, un certain Cortone, prélat de haute valeur dont le comte
faisait grand cas et à qui il témoignait beaucoup d'amitié. Cet évêque
avait avec lui un neveu appelé Guglielmo de Cortona appelé vulgairement
Cortinco. Mais Arrigo périt d'un acte de félonie, et la chronique raconte que
l'on entendit dans l'air par toute l'Île une voix qui disait :
E morto il comte Arrigo Bel Messere E Corsica sarà di mal in peggio
(Il est mort le comte Henri le Beau Messire, Et la Corse ira de mal en pis)
Le comte n'avait
laissé aucun fils, ceux-ci au nombre de sept, avaient été massacrés le même
jour que lui. Sa mort déclencha un processus de féodalisation et ce fut la
première vague d'incastellamento en Corse.
"Chacun se fortifiait dans son
pays autant qu'il pouvait. C'est ainsi que Guglielmo de Cortona se retrancha
fortement sur la Pietr'All'Aretta, Alberto à Loreto di Casinca, Pietrone sur le
Mont'Alto au-dessus d'Oletta,"
La Pietr'All'Aretta
(appelée aussi Petra Loreta) est située dans le canton actuel de Muratu, non
loin de l'église San Michele. Elle prit plus tard le nom de Campocasso.
"Guglielmo Cortinco avait alors
parmi les population de l'île une grande réputation de valeur ; ses forces étaient
plus redoutables pour ses voisins que celles de tous les autres. Il était
seigneur de Casi d'Aria, de Carcosalto, et de Costello (région comprenant
Porti-Vecchju). Sa résidence était Pietr'Ellarata où il avait fait construire
un château."
La Pietr'Ellarata
tire son nom du lierre (ellera) dont elle était recouverte. Elle est située
dans le canton actuel de Piedicorti di Gaggiu.
"Guglielmo, vers la fin de sa
vie, alla habiter Ampugnani où il se fit seigneur, et construisit un château
à Lumito. Il y mourut, laissant un fils qui établit encore son autorité sur
Moriani et Tavagna, et bâtit un château dans chacune de ces pièves.
Les fils de Guglielmo étaient maîtres de tous les pays qu'avait possédé leur
père."
"La guerre régnait
ordinairement entre les habitants de la piève de Rosoli, ceux d'Orto et de
Mariana. Ceux de Rosoli eurent pour chef Orlando de Pietra Loreta, homme fort
important pour cette époque. Les hommes d'Orto et de Mariana avaient à leur tête
Giovanni de Bagnaja, (du nom du hameau situé près de Borgo), qui ne le cédait
à son adversaire ni en noblesse, ni en valeur."
"Ce Giovanni afin d'opposer à
Orlando une barrière solide, fit construire un château à Biguglia où un
village dès lors commença à se former. Orlando, de son côté, construisit un
château à Pietra Loreta, et se fit seigneur du Nebbio.
"Giovanni retiré à Belgodere,
était donc seigneur de ce côté de la montagne et Orlando de l'autre. Ils se
faisaient la guerre depuis longtemps, à la fin se trouvant épuisés l'un et
l'autre, il firent la paix.
Mais ils n'en jouirent pas
longtemps, car les partisans d'Orlando et ceux de Giovanni prétendant avoir des
droits sur l'étang de Chjurlinu, en vinrent à une contestation. Orlando et
Giovanni qui désiraient arranger l'affaire, convinrent de se trouver, à un
jour qu'il fixèrent, à la Canonica de Mariana, afin d'entendre les deux
parties, et de rendre ensuite une sentence équitable. Au jour dit, Orlando alla
loyalement au rendez-vous avec une faible escorte. Les Bagnaninchi se trouvaient
plus nombreux.
"les débats étaient à peine
commencés que, soit ou non par l'ordre et avec la complicité de Giovanni, les
Bagnaninchi se jetèrent en masse sur Orlando et le tuèrent. (vers 1255)
"Orlando laissaient des enfants
et un frère nommé Giovanninello Celui-ci, au détriment de ses neveux tout
jeunes encore, prit pour lui toute la seigneurie, et avec le temps vengea d'une
façon terrible la mort d'Orlando. Il tua Giovanni de Bagnaja et un grand nombre
de ses parents et fit périr, soit pendant la paix, soit dans les luttes, ceux
qu'il soupçonnait d'avoir concouru à la mort de son frère. A la fin, il se réconcilia
sincèrement avec ceux qui restaient encore. Mais il eut bientôt sur les bras
une nouvelle guerre plus voisine et plus importante que la première. Les fils
d'Orlando, avaient grandi et commençaient à manier les armes. Voyant leur
seigneurie aux mains de leur oncle, et le connaissant assez pour savoir qu'il ne
leur donnerait rien tant qu'il serait vivant, il l'attaquèrent un jour pour le
tuer. Mais Giovanninello était un homme vaillant et robuste. Non seulement il
se défendit, mais il tua encore tous ses neveux, à l'exception du plus jeune,
Rollenducello, qui se sauva sous un déguisement à Pise.
"Les Cortinchi
qui étaient devenus fort nombreux, faisaient beaucoup parler d'eux. Mais ils
avaient comme ennemi un personnage célèbre : Sinucello de Cinarca dit "Giudice"
(1219-1312), fidèle allié des pisans qui l'avaient nommé comte de
Corse."
Ils se firent une guerre acharnée
qui s'étendit à l'île entière. Nous ne retiendrons que ce qui concerne le
Nebbiu :
"Giovanninello voyant que
Giudice avait fait la paix avec Gênes, ne manqua pas de resserrer les liens
d'amitié qui l'unissaient déjà aux Génois. Pour se mettre en garde contre
tout danger, il envoya à Gênes comme procurateur, Emmanuelle
da Mare, faire en son nom donation de ce qui était soumis à l'autorité
de Giovanninello, c'est à dire, les châteaux terres, villages de Patrimoniu,
de Poggiu Pinzutu, de la Croce, de Montaggione, de Tuda, de Longhetta, de
Pietr'all'Aretta, de San Damianu, de Brumicca, de Purettu, de Montebellu et de
Pietra Bugnu. En retour Giovanninello fut admit au nombre des citoyens de Gênes,
et tous les châteaux et territoires désignés ci-dessus furent laissés à
Giovanninello à titre de fief de noblesse. (1289)
"Giovanninello de Pietra Loreta
était mort en laissant deux fils, Manonne et Ugo.
Rollanducello, fils d'Orlando, en
grandissant, s'était fait un nom dans la carrière des armes et avait acquis
une grande considération. Lorsqu'il fut rentré en Corse, arrivé à la Rocca,
Giudice lui donna en mariage la mère de Rinieri de Gozzi, sa fille alors veuve.
Soutenu par son beau père, Rollanducello passa ensuite dans le Nebbiu, enleva
le château de Pietra Loreta à Ugo et Manone, fils de Giovanninello, puis
construisit le château de Bronacca (ou Brumicca). Ugo et Manonne, pour se
mettre en état de lui résister, en construisirent alors un autre à Tuda. La
lutte entre les deux partis se prolongea. A la fin, Ugo vint à mourir et
Rollanducello, après avoir noué des intelligences dans le château de Tuda, y
pénétra pendant la nuit et tua Manonne avec tous les autres membres de la
famille de Giovanninello, à l'exception d'un bâtard qui fût secrètement sauvé.
Il y eut ensuite beaucoup de sang
versé dans une guerre qui éclata entre les Cortinchi de Pietr'All'Aretta, (ou
Loreta) d'une part et les Cortinchi de Pietr'Ellarata., d'autre part.
"Tous ces seigneurs de Corse,
continuèrent à se faire la guerre, en même temps qu'ils opprimaient tellement
les pauvres peuples que ceux-ci pouvaient à peine respirer. C'est pourquoi n'en
pouvant plus, ils se réunirent finalement en assemblée et élisant pour chef
un certain Sambuccuciu d'Alandu de la piève
de Boziu. Ils prirent les armes à la manière populaire. Ils se rendirent maîtres
de toute l'île et occupèrent facilement autant de châteaux qu'il y en avait,
qu'ils détruisirent jusqu'aux fondations (pour effacer totalement le nom des
premiers seigneurs), à l'exception de Calvi et de Bonifacio qui appartenaient
à la République de Gênes, Biguglia et Cinarca qu'ils épargnèrent pour y
rendre la justice, et Nonza avec San Colombano du Cap Corse, pour se servir de
leur mouillages"
Événements que le chroniqueur
Giovanni della Grossa situe vers 1359, et auxquels il donne le nom de
"temps du commun" (ou de la commune) et qui selon lui, eurent pour
conséquence un fait capital : la reddition volontaire de la Corse à Gênes
L'histoire des Cortinchi ne s'arrête
pas ici, mais à partir de cet épisode, la province du Nebbiu ne fut plus dominée
par cette famille. De nouveaux chefs apparurent appelés "capi popolo"
ou "caporali", et ils se conduisirent à leur tour en tyrans.
La Sposata
Au centre de la corse, au dessus de la région d'Orsino que l'on appelle la
Cinarca, se dresse , à 1 429 mètres au-dessus du niveau de la mer, une montagne
rude et abrupte : La Sposata, L'Epousée.
Lorsque sa cime est éclairée du coté de la plaine par les rayons du soleil
couchant, elle présent trés nettement à la vue de l'observateur la silhouette
d'une paysanne corse à cheval.
Il y avait jadis au petit village de Nessa, au pied des premiers contreforts
de la montagne, une pauvre maison qui abritait Joaanna Ambiegna et sa fille
Maria. Les deux femmes avaient bien de la peine à vivre, étant les plus
misérables parmi les plus misérables du hameau.
Joanna, âgée, devenue impotente par suite de fièvres mal soignées, restaient à
la maison et faisaient la cuisine. Maria gardait le troupeau de chèvres d'un
propriétaire de la localité. Par ce travail, elle gagnait quelques sous, le plus
clair des ressources de la mère et de la fille, car, du maigre héritage du père,
il ne restait à peu près que la maison et un misérable mobilier. Joanna était
douce et bonne et elle souffrait sans se plaindre de la dureté de sa fille qui
jamais, pour elle, n'avait un mot affectueux, jamais une de ces caresses qui
vont au coeur des mères.
Maria restait dehors toute la journée avec ses bêtes. Lorsqu'elle les avait
rentrées, elle mangeait la soupe préparée par sa mère, un morceau de bruccio
quand il y en avait, et elle allait se coucher. Bien souvent, solitaire, la
vielle femme pleurait dans sa cuisine, qui servait aussi de salle à manger, et
où était dressé son lit.
Seulement, si Maria Ambiegna manquait de coeur, elle était d'une grande beauté.
Aucune fille dans toute la région n'avait d'aussi grand yeux noirs, aucune un
visage aussi régulier, un profil aussi pur, aucune des tresses plus noires, plus
longues, de cheveux plus fins.
Luciano de Tellano, seigneur de la Cinarca, un jeune et très riche gentilhomme,
l'avait un jour aperçue, tandis qu'il chassait le mouflon sur les pentes de la
montagne. A plusieurs reprises, il était revenu, il s'était même installé dans
la maison qu'il possédait à Vico, alors que son château se trouvait à quelques
lieues de là, à Orsino, afin de multiplier les occasions de rencontrer la jolie
bergère.
Lorqu'il causait avec Maria, les mouflons pouvaient courir en paix, les perdrix
s'envoler sous ses pieds, les lièvres débucher du maquis, cet enragé chasseur ne
s'en occupait plus. Un beau jour, Luciano de Tellano demanda à brûle-pourpoint à
Maria Ambiegna :
- Veux-tu être dame de la Cinarca?
Maria, qui avait longtemps attendu ces mots, accepta.
Ce fut dans toute la région, de Vico à Evisa, à Sagone et jusqu'à Ajaccio un cri
d'étonnement. Jamais on n'eût supposé que le fier et beau seigneur, à qui
étaient promises les plus riches héritières, les descendantes des plus nobles
familles, pût songer à donner son nom à la moins fortunée des bergères.
Maria était heureuse, certe, mais son bonheur était mitigé par l'humiliation
qu'elle éprouvait de n'apporter en dot à son époux que sa personne et les
quelques misérables hardes qu'elle possédait.
Joanna Ambiegna était fière du mariage de sa fille, mais bien triste aussi. Elle
sentait qu'elle la perdait à jamais et que Maria, dans la splendeur, oublierait
complètement sa pauvre mère. Loin de compatir à la peine de la vieille femme et
de chercher à l'adoucir, la jeune fille passait ses derniers jours à la
gourmander, l'accusant d'avoir mal géré son héritage - si l'on peut appeler
héritage deux chèvres, un une cahute croulante et quatre meubles - déclarant que
le peu qui restait était à elle et entendait l'emporter.
Tout ce qui se trouvait dans la cahute, jusqu'aux ustensiles de ménage,
jusqu'aux couvertures, jusqu'aux assiettes d'étain, tout fut entassé dans des
paniers. Ce n'est pas que Maria pensât que cela pût servir en aucune façon dans
la riche demeure de son futur époux, dans ce château d'Orsino dont on vantait
partout le luxe et les commodités, mais comme elle le disait, elle ne voulait
pas y entrer les mains vides.
Enfin le grand jour arriva. Luciano, avec un imposant cortège d'amis, de
serviteurs, de clients, tous superbement montés et harnachés, parut sur la place
de Nesa.
Des paniers soigneusement recouverts, afin que l'on ne vît pas les pauvres
choses qu’ils contenaient, furent chargés sur le dos du mulet. Maria, après
avoir rapidement embrassé sa mère, plus pour l'édification de son fiancé et du
public que la moindre sentiment de tendresse, monta sur une belle jument
blanche, caparaçonnée de velours rouge, aux cotés de son futur époux.
Au milieu du tumulte joyeux des cavaliers de son escorte qui, en signe
d'allégresse, tiraient des coups de fusil en l'air, l'épousée quitta, sans un
regard en arrière, le village natal.
Sur le seuil de la cahute, maintenant vide de tout ce qui avait un semblant de
valeur, de tous les souvenirs de son défunt mari, des petits riens auxquels elle
était attachée, Joanna, les yeux baignés de larmes, regardait le cortège
s'éloigner. Le chemin d'Orsino grimpe à travers la montagne et s'élève dès la
sortie du village. La pauvre veuve pouvait ainsi suivre la riante théorie,
s'égrenant le long des flancs abrupts.
Elle distinguait en tête du cortège sa fille sur sa jument blanche, à côté du
seigneur de la Cinarca sur son cheval noir.
On eût pu croire que Maria, toute à son bonheur ou du moins à son triomphe, ne
songeait plus qu'aux plaisirs qui l'attendaient, à cette vie de grande dame
qu'elle allait mener à Orsino, aux immenses terres qu'elle allait partager avec
son mari, aux forêts quasi impénétrables qui seraient son domaine, aux
innombrables troupeaux sur lesquels elle régnerait en maîtresse, elle dont
l'enfance s'était passée à garder les maigres chèvres des autres. Mais non, dans
son âpreté, elle n'avait de pensée que pour ce qu'elle emportait, pour les
choses sans utilité désormais pour elle, qu'elle avait arrachés à la pauvreté de
sa mère. Elle craignait d'en avoir oublié.
Soudain, elle se frappa le front. Elle se rappela avoir omis de mettre dans ses
bagages le racloir de son pétrin.
Ce racloir, sa mère s'en était servi la veille, puisque l'on avait fait la
galette.
Ce geste de Maria ne resta pas inaperçu de Luciano qui faisait attention au
moindre mouvement de celle qu'il aimait avec tant d'ardeur.
- Qu'y a-t-il, ma chère âme? demanda-t-il anxieux. Auriez-vous oublié quelque
objet qui vous fût cher?
- Oui, mon doux seigneur, répliqua Maria, j’ai oublié à Nessa le racloir du
pétrin.
Le seigneur de la Cinarca se mit à rire.
- Eh ! qu’importe, la mie, le racloir de votre pétrin, votre mère s’en
servira. N’en a-t-elle pas besoin ? Vous n’aurez pas à Orsino à vous occuper de
ces choses et je suis bien certain qu’il u en a tant qu’il en faut.
Le visage de Maria se ferma. Elle parut violemment contrariée.
- C’est ce racloir-là que je veux et non point un autre. Il m’appartient et
je désire l’avoir. Donnez donc l’ordre à un de vos serviteurs d’aller le
réclamer.
Luciano qui, en tout, voulait complaire à Maria, essaya pourtant de la
dissuader d’envoyer quérir cet objet insignifiant, mais il s’aperçut qu’il
fâchait sa fiancée et il expédia un domestique à Nessa.
Joana était toujours sur le seuil de sa demeure et n’avait pas perdu de vue
le cortège maintenant arrivé tout en haut de la montagne à un endroit où,
bientôt, il disparaîtrait à ses yeux. Elle vit le cavalier qui se détachait du
convoi et qui descendait vers le village ; quand le serviteur de Luciano de
Tellano déboucha sur la place, la pauvre veuve s’imagina que sa fille avait eu
un regret de sa dureté et que l’homme était chargé pour elle d’un message de
tendresse. Ah ! comme elle était prête à y répondre de tout son amour maternel !
Très poliment, elle s’adressa au domestique qui mettait pied à terre devant
sa masure :
- Ma fille vous a-t-elle chargé pour moi d’une commission ? Avait elle
quelque chose à me dire ?.
- Oui, répliqua l’homme, bourru et furieux d’avoir été envoyé en arrière et
de devoir ensuite se presser pour rattraper ses maîtres, et tout cela pour si
peu de chose. Oui, Dona Maria vous fait dire qu’elle à oublié le racloir du
pétrin et que vous ayez à me le remettre tout de suite pour que je le lui
apporte.
Alors, pour la première fois, une révolte gronda dans le coeur de la veille
femme ; cette ingratitude lui parut trop forte, trop dure, sa propre condition,
seule, misérable, dépouillée.
Joanna tourna la tête vers le brillant cortège, là-haut sur la montagne ;
elle tendit un poing courroucé dans la direction de sa fille et s’écria :
- Tu seras punie, ô fille au coeur de pierre !
On raconte aux veillées qu’à cet instant précis, dans le ciel bleu et sans
nuage de cette journée de mai, un coup de tonnerre terrible éclata, secouant
l’atmosphère, que tout le cortège nuptial fut environné subitement d’un épais
brouillard et qu’une éclair vint frapper la montagne, dispersant chevaux et
cavaliers.
Certains ajoutent que la terre trembla, que l’on entendit des voix menaçantes
sortir des précipices, mais ce ne sont là sans doute que les effets d’une
imagination en proie à la terreur, une terreur bien compréhensible.
Lorsque le brouillard se dissipa, Maria Ambiegna, la fille sans pitié, était
changée en pierre, elle et son cheval.
Et c’est la bergère corse, l’épousée du seigneur de la Cinarca, que les
touristes peuvent voir juchée là-haut sur le sommet. La sposata, un roc, rien
qu’un roc, comme son coeur.
Les grecs de Corse
Le voyageur dans l’île de beauté ne pourra apprécier complètement sa venue à Cargèse que s’il est sensible non seulement à la beauté d’un site, au charme d’un village en bord de mer mais aussi aux singularités de l’histoire.
S’il débarque à Ajaccio, il arrive à Cargèse par une route sinueuse bordée de caps et de précipices, monte le col San Sebastiano, surplombe puis longe le golfe de Sagone, remonte à nouveau pour entrer, après un dernier virage, et comme par surprise, dans le village.
Le spectacle surprend aussitôt : deux églises presque jumelles qui se regardent,
dominant beaucoup plus loin, en bas, un petit port construit comme un écrin,
enserré entre le cimetière et la jetée, où s’abritent les barques des pêcheurs.
Le voyageur ne se doute pas que cette sérénité, ce face à face fraternel
entre deux églises de rites différents, cette harmonie trouvée entre le bon
Dieu, la mort et la mer sont l’aboutissement de la noble et tragique histoire
des immigrés grecs de Cargèse.
Le village, bâti en 1774, incendié en
1789, reconstruit en 1809, attaqué en 1814 puis en 1830, et enfin secoué à
nouveau par des événements plus récents, témoigne que le meilleur et le pire
sont toujours, ensemble, présents sur ces rivages méditerranéens si riches dans
leur grande diversité de races, de religions si prodigues d’alliances généreuses
et de conflits sanglants.
Cargèse doit en fait son existence à la
première migration grecque en Corse en 1676. Ces grecs étaient des « maïnotes »
originaires de la presqu’île de Morée dans le Péloponnèse . Ils avaient été
écrasés par les Turcs en 1669 après une résistance devenue légendaire. Leurs
démarches avec la République de Gênes dont la Corse était à l’époque une sorte
de protectorat remontent à 1663. La petite colonie grecque débarque à Gênes le
1er Janvier 1676 et, conformément aux accords très précis conclus avec le Sénat
de Gênes, s’installa à Paomia, petit village proche de la pointe de Cargèse.
En 1731, les Corses se soulèvent contre Gênes. Les immigrés grecs ayant
refusé de se rallier à l’insurrection sont chassés de Paomia qui est incendiée.
Les hommes réussiront à faire embarquer leurs familles pour Ajaccio qu’ils
rejoignent après un dernier combat près de la Tour d’Omignia que l’on peut voir
de la plage du Péro, tout près, au nord de Cargèse. Les Grecs restèrent à
Ajaccio, plus ou moins bien acceptés au point de songer, un moment, à émigrer en
Espagne. En 1769 la Corse devient française. Le Comte de Marbeuf qui allait
désormais jouer un rôle essentiel les en dissuada.
Le 25 Septembre 1773
un projet fut élaboré et adopté prévoyant, compte tenu de l'importance et de la
composition des familles grecques, la construction du village de Cargèse aux
frais du Roi. Aucun village à notre connaissance n'a été construit dans ces
conditions. Les Grecs s'y installent à partir de Mai 1775 et une période
relativement calme et prospère commence sous l'égide de Marbeuf et l'autorité du
capitaine Georges Stephanopoli qui s'avéra être un administrateur exemplaire.
Le décès de Marbeuf, la révolution de 1789 surtout allaient à nouveau
remettre en cause la présence de ces "étrangers". Attaqués par les montagnards
des environs, notamment du village de Vico, les Grecs durent subir un nouvel
exode vers Ajaccio.
En 1797, la plupart des familles - certaines
préférant rester à Ajaccio - consentent à regagner Cargèse après avoir reçu les
assurances des autorités. Bonaparte lui-même n'était pas resté indifférent
devant ce nouveau drame.
En 1814 nouveau soulèvement des Corses,
nouvelles menaces qui se traduisent par la signature d'un acte où les Grecs
abandonnent la quasi totalité de leurs biens. Cet acte, annulé en 1882, avait
entraîné la misère, une épidémie et provoqué, entre-temps, un nouvel exode.
Les troubles de 1830 furent l'occasion d'une nouvelle agression qui
échoua. Les malheurs de ces émigrés étaient enfin terminés. Une ordonnance de
Charles X du 29 Mars 1829 prescrivit la construction d'une église latine et le
maintien de l'église grecque. Ainsi était parachevée la création difficile mais
exemplaire d'une véritable communauté gréco-corse.
N'oubliez pas cette
histoire en vous promenant dans Cargèse. Vous trouverez dans le dédale des
maisons claires aux toits rouges une douceur, une hospitalité, certains regards
qui ont gardé la couleur de la mer Égée qui emporteront votre sympathie, voire
votre amitié.
Claude Bonéfant
CHRONOLOGIE
Les ancêtres
des Grecs de Cargèse étaient des Maïnotes originaires de Vitylo ou Oitylos
(Laconie.) Pour fuir le joug Ottoman, 800 Grecs décidèrent de s'expatrier.
1663: Des pourparlers conduits par Mgr Partenios Calcandis, Evêque de
Vitylo, avec le gouvernement de Gènes devaient durer 12 ans. Le dit gouvernement
concédait aux émigrants en Corse, le territoire de PAOMIA, à quelques 50
kilomètres d'Ajaccio. Cette concession était accordée contre une faible
redevance à la condition que les Grecs reconnaissent la suprématie du Pape.
1665 : Les pourparlers étant assez avancés, le 25 juin, Mgr Calcandis
qui devait, avec 6 moines et prêtres, accompagner les Grecs en Corse, remercie
le gouvernement de Gènes.
1675 : La Commission des Stephanopoli étant
revenue satisfaite du territoire concédé à Paomia, la signature d'un contrat eut
lieu en 1675, le 25 septembre, avec le capitaine Daniel, du vaisseau "sauveur",
qui devait en 10 jours rendre les 800 émigrants soit à Livourne, soit à Gènes,
pour le prix de 5 réaux (valeur du réal: 0,0382 €) payables à destination.
L'embarquement eut lieu dans la nuit du 3 au 4 octobre 1675, mais le "sauveur"
ne mouilla devant Gènes que le 1er janvier 1676. Sur 800 émigrants, 120
moururent pendant la traversée.
1676 : Le 13 février, interrogatoire de
Mgr Parthenius par les autorités génoises qui désiraient connaître les causes de
leur exil. Avant le départ pour la Corse, lesdites autorités "italianisèrent"
les noms en remplaçant la finale "AKIS" par "ACCI" . exemple : GARIDAKIS est
devenu "GARIDACCI". Le 14 mars, 3 galères génoises abordèrent en un point
imprécisé qui devait être à la hauteur de Paomia. II semblerait qu'il s'agisse
de la petite baie "dei Monachi" (des moines) aujourd'hui Baie des Forni. PAOMIA,
tire son nom de l'italien "pavone" (Paon). PAOMIA comprenait 5 hameaux: Pancone,
Corone, Rondolino, Salici et Monte-Rosso, qui furent construits par les Grecs en
un an.
1678 : Achèvement à Rondolino de l'église principale Notre Dame
de l'Assomption (fête patronale le 15 Août). Par un labeur acharné, les Grecs
transformèrent la contrée qui fut la mieux cultivée et la plus riche du pays
alentour. Pendant une cinquantaine d'années, ils vécurent en bonne intelligence
avec leurs voisins corses.
1729 : Révolte générale des Corses contre les
Génois.Les Grecs refusent de se battre contre leurs bienfaiteurs. Considérés
comme partisans des Génois, leurs propriétés de Paomia furent saccagées et
pillées.L'année suivante, les Corses s'en prirent aux habitants qui luttèrent
victorieusement. Cependant, les Génois ne pouvant leur venir en aide, leur
conseillèrent de rejoindre Ajaccio par mer en laissant sur place une
cinquantaine des leurs pour couvrir la cité. Ce détachement dut se replier à
pied jusqu'à la pointe extrême de la presqu'île d'Ominia où il se réfugia dans
la tour génoise. A bout de vivres, il put, à la faveur d'une sortie de nuit, se
frayer, de vive force, un chemin vers Ajaccio qu'il atteignit vers la fin du
mois d'avril 1731.
1731/74 : Pendant ces 43 années, les Grecs
demeurèrent à Ajaccio.
1768 : 1er juin : Les troupes génoises amènent
leurs drapeaux que remplace aussitôt, sur la citadelle d'Ajaccio, le drapeau du
Roi de France. Les Grecs formèrent alors un régiment que le Comte de Marbeuf
incorpora dans ses troupes.
1774 : Par l'entremise du Comte de Marbeuf,
les Grecs obtiennent le territoire de Cargèse en compensation de la perte de
Paomia. A la demande du Comte, Georges Stephanopoli (surnommé Capitan Giorgio)
réussit en partie, à faire accepter cette proposition. Le Comte de Marbeuf y fit
construire, par le Génie, 120 maisons, toutes de même type à 250 mètres de la
mer. Le comte qui est fait Marquis de Cargèse fit également construire un
château.
1793 : La révolution s'abat sur l'Ile. Le château de Marbeuf
est rasé par les Jacobins de Vico, mais le village ne subit ni déprédations, ni
sévices irréparables.Les hommes, qui se sont retranchés dans les deux tours de
part et d'autre de la petite baie du Pero, sont autorisés à regagner Ajaccio
avec femmes et enfants. De nouveau, les Grecs demeurent à Ajaccio pendant 4 ans.
Ils sont ramenés à Cargèse sur l'ordre du Directoire par le général Casabianca;
les deux tiers des Grecs consentent à revenir (800 environ), les autres
préfèrent rester à Ajaccio ou se rendre sur le continent.
1804 : A cette
époque, Cargèse compte 1000 habitants dont 350 environ sont corses. Cette
intégration permet au village de vivre à jamais en paix.
1808 : Cargèse
devient le centre de l'armée de secours. Une caserne y est construite qui peut
loger 400 à 500 soldats.
1814 : Nouvelles menaces des Vicolais qui, sous
Charles X, doivent restituer une partie des biens dont ils s'étaient emparés.
1830 : Les nombreuses alliances intervenues entre Grecs et Corses,
désarment les Vicolais qui renoncent à de nouvelles attaques.Et depuis... Grecs
et Corses vivent en parfaite intelligence.
APPENDICE
1874 : 80
familles, ainsi qu’un prêtre uniate, émigrèrent en Algérie et créèrent à 57 kms
de Constantine, un village appelé Sidi Mérouan. Ce village fut construit à
l'identique de Cargèse. Les derniers descendants de ces familles quittèrent
l’Algérie en 1962, après 88 ans de présence. Voir :
XIXème et XXème
siècles : Jusqu'aux alentours de 1914, d'autres habitants de Cargèse émigrèrent
dans d'autres lieux d'Algérie ou en Tunisie, comme ma famille qui s’installa à
Massicault.
1961 & 1962 : Fin de l'aventure tunisienne et
algérienne, nouvel exil et nouvelle aventure en Corse ou sur le Continent, en
Australie ou en Amérique du Nord ou bien ailleurs.
Beaucoup de choses ont été écrites au sujet de l'étendard à tête de maure, de nombreuses légendes ont été inventées ou colportées en occultant l'aspect historique. Si des incertitudes demeurent, une chose est sûre, le drapeau corse à tête de maure est officialisé lors de l'indépendance du XVIIIe siècle, ce qui en fait l'un des plus anciens d'Europe !
De nombreuses légendes sont nées autour du drapeau corse, la plus célèbre faisant état d'une habitude qu'auraient eu les Corses de couper la tête des guerriers sarrasins pour la mettre au sommet de pics qu'ils brandissaient à l'arrivée de nouveaux conquérants. Mais, nous ne devons pas accorder d'importance à ces légendes, l'origine du drapeau corse est à rechercher ailleurs. Il apparaît évident aujourd'hui que la tête de maure est d'origine aragonaise.
L'Aragon était un royaume du Moyen Age qui correspondrait à peu près à la Catalogne actuelle, en plus grand. En 1467, l'alliance des Royaumes de Castille et d'Aragon donnera naissance à l'Espagne. Le Roi d'Aragon avait dans son emblème quatre têtes de maure avec le diadème sur les yeux.
En 1297, ce Roi reçoit la gestion de la Sardaigne et de la Corse du pape Boniface VIII. Cependant, le roi d'Aragon ne s'implantera qu'en Sardaigne, délaissant la Corse. On retrouve d'ailleurs dans les armes de la ville de Cagliari les quatre têtes de maure, et depuis 1952, c'est officiellement le drapeau de la Sardaigne.
En héraldique, lorsque l'on bat un ennemi, on peut lui prendre son drapeau ou une partie. C'est ainsi que l'on pense que les têtes de maure du drapeau aragonais correspondent à la participation de ce dernier aux croisades victorieuses contre les " infidèles " pour libérer la terre sainte et créer les états latins d'Orient. De même on peut également penser à la participation des Aragonais à la Reconquista. Le Maure symbolisant le guerrier sarrasin battu. La tête de maure apparaît pour la première fois dans les armes du roi d'Aragon en 1281 : le roi Pierre III le Grand utilisait un sceau composé d'une croix et quatre têtes de maure.
Il est à noter qu'à la fin du XIVe siècle et au début du XVe siècle, plusieurs seigneurs corses (comme Della Rocca et Vincentello) qui luttent contre Gênes et qui tentent de favoriser le parti aragonais en Corse auraient adopté dans leurs armoiries la tête de maure.
Au XVe siècle, des régiments composés de soldats corses et sardes au service de différentes puissances italiennes sont représentés avec des drapeaux à tête de maure. Ce qui n'est pas surprenant, puisque à l'époque la Corse n'a pas encore de drapeau, on peut penser que c'est la Sardaigne, déjà représentée par les têtes de maure, qui prend le dessus.
Finalement, c'est au XVIe siècle que la tête de maure est attestée pour la première fois comme le drapeau de la Corse. Le géographe italien Mainaldi Galerati établit en 1573 un atlas des possessions de Philippe II roi d'Espagne, avec des armoiries pour chaque province. La République de Gênes qui administre la Corse étant alliée de l'Espagne et le roi d'Espagne portant dans son titre " Roi de Corse " (et c'est encore le cas actuellement) depuis que le pape en avait confié la gestion au Roi d'Aragon, M. Galerati décide de faire figurer la Corse dans cet atlas, et comme il n'en connaît pas les armes, il décide d'y mettre une tête de maure, sans doute pour différencier la Corse de la Sardaigne pour laquelle on en mettait quatre. Le Hollandais Joan Blaeu en fera de même en 1662. Un autre atlas que l'on doit à l'Allemand Seutter en 1731 attestera une nouvelle fois la tête de maure.
En 1735, les chefs révolutionnaires corses déclarent l'indépendance et placent la Corse sous la protection de la Sainte Vierge. L'immaculée conception devient jour de la fête nationale (le 8 décembre), et le drapeau corse est une image de l'immaculée conception sur fond blanc. Gênes réplique à cette déclaration en envoyant des troupes alliées en Corse pour réprimer la révolution. En 1736, la Corse toujours en quête d'indépendance se dote d'un monarque, Théodore de Neuhoff.
Ce baron d'origine allemande corsise ses armes en y ajoutant une tête de maure, qu'il a dû prendre sur l'atlas de son compatriote Seutter. La tête de maure porterait alors pour la première fois le bandeau sur le front et non sur les yeux (Cette théorie est controversée et certains pensent que c'est Paoli qui aurait relevé le bandeau sur le front en déclarant " Désormais le bandeau royal est bien placé comme il faut et comme il convient à notre dignité et non pour notre honte, comme le voulaient nos ennemis). On peut affirmer que c'est bien au XVIIIe siècle que le bandeau est relevé sur le front et cela a été interprété par les historiens comme une manière pour la Corse d'ouvrir les yeux après plusieurs siècles d'obscurantisme et de domination génoise. Le royaume de Théodore 1er ne dure que 6 mois, mais les révoltes corses continuent.
En 1745, Ghjuvan Petru Gaffori est nommé général en chef de la nation corse, et lors d'un assaut de la citadelle de Corti, il brandit le drapeau à tête de maure. Pasquale de' Paoli sera nommé également général unique des Corses en 1755, deux ans après l'assassinat de Gaffori. C'est Pasquale de' Paoli, u babbu di a Patria qui officialise définitivement le drapeau blanc à tête de maure. Paoli propose d'enlever les boucles d'oreille et le collier qui figuraient sur les anciennes versions de la tête de maure, sans doute pour exprimer le fait que la Corse sort de l'esclavage pour devenir libre.
La cunsulta de Corti décide le 24 novembre 1762 de faire de la tête de maure le drapeau de la Corse. Cette tête de maure figurera désormais sur la monnaie corse. On la retrouve dans tous les actes administratifs. Le pavillon à tête de maure est également hissé sur les bateaux de la marine nationale corse. La tête de maure sur fond blanc (qui rappelle l'immaculée conception) est depuis l'emblème officiel de la Corse. Il sera confirmé en 1794, lors de l'époque de la seconde indépendance, lorsque les Corses se séparent de la France pour créer le royaume anglo-corse.
Aujourd'hui la tête de maure est reconnue de partout en Europe comme le symbole de la Corse et c'est d'ailleurs l'un des drapeaux européens les plus anciens.
Sources : Pierre Antonetti, Trois études sur Paoli, La marge Editions. Ghjuvan Filippu Antolini, Les origines du drapeau corse, Primure, Editions d'Altri Orizonti, 1995. Article " Quelques idées sur l'origine du drapeau corse " de Jérôme Potentini, février 1995, sur le site d'Academia Corsa (http://www.accademiacorsa.org/). Lexilogos (http://www.lexilogos.com/corse_carte.htm).
En choisissant de combattre les armes à la main, nos ancêtres tombés au champ d'honneur à Ponte Novu en mai 1769 nous ont offert le plus beau des cadeaux. Nous avons reçu en héritage cet amour pour notre terre et cette volonté indestructible de continuer à lutter pour la sauvegarder. Ponte Novu ne marque pas une fin, mais le début de la résistance ! Voici le récit de cette battaille.
Pendant longtemps, on a cherché à expliquer la Corse et son Histoire, uniquement en fonction d'événements extérieurs à la Corse. Et encore aujourd'hui, nous en avons la preuve à travers l'affaire du site San Ghjuvan Battista, on voudrait faire croire que la culture et l'Histoire de la Corse ne commencent qu'en 1769, avec la conquête militaire française et la naissance de Nabuliò Buonaparte.
Dans tous les " bons " manuels scolaires, on apprend que la Corse est passée sous la domination de la France en 1768. Et nous parlons de ces manuels scolaires encore en vigueur où nos enfants apprennent que les Gaulois auraient été nos ancêtres, comme ils étaient ceux des Algériens ou des Sénégalais au début du XXe siècle...
On l'entend même parfois dans des conférences historiques, pourtant données par de grands historiens corses qui plutôt que de parler de l'époque de l'indépendance, préfèrent utiliser la périphrase " le généralat de Pascal Paoli ", comme si le mot indépendance leur faisait peur...
Considérer cette date de 1768 comme date de l'annexion de la Corse par la France est une grave erreur historique, mais surtout une insulte pour les Corses qui se sont battus jusqu'en mai 1769 pour la liberté de notre patrie, au prix, pour beaucoup, de leur vie.
La bataille
Dans le Nebbiu, les Corses avaient disposé une ligne de défense allant du village d'Olmeta di Tuda à celui de San Petru di Tenda, pour contenir les 12 000 soldats français présents dans le secteur, dont la base de départ était Oletta. Cependant, seulement 1200 à 1500 corses étaient présents sur cette ligne de front.
A l'Est, l'occupation du village de U Borgu permettait à quelque 500 nationaux de contrôler cette route.
Le 4 mai, le comte de Vaux ordonne à ses troupes de faire de fausses manoeuvres pour tromper les Corses.
A l'aube du 5 mai, la bataille commence. Les Français sous le commandement du Comte de Vaux attaquent avec près de 5000 hommes pour forcer la ligne de défense entre Olmeta di Tuda et San Petru di Tenda. 7500 autres hommes suivent en réserve.
Malgré l'infériorité numérique, les Nationaux résistent sauf en un point. Le passage entre Rapale et Pieve, défendu par une cinquantaine d'homme, et attaquée par 2000 soldats français ! Les Français passent et vont se positionner à l'église de San Niculaiu. Cette manoeuvre a été rendu possible grâce à la trahison de Boccheciampe d'Oletta et de quelque 250 corses qui ont guidé les Français et qui leur ont indiqué le point faible de la défense.
Toujours le 5 mai, le sinistre comte de Marbeuf attaque U Borgu avec 2700 hommes, alors que le village est défendu par 450 soldats corses. Le village cède.
Pasquale Paoli et Chilimentu son frère sont à Muratu, et se retrouvent dans une position très inconfortable, risquant à tout moment de se faire prendre en étau par les troupes françaises. Les chefs corses prennent alors la décision de retirer les troupes et de faire évacuer les habitants des villages du Nebbiu que les Français trouveront déserts.
Pour réorganiser la ligne de front, Paoli redéploie ses hommes sur trois points de passage de voix de communication : U Ponte Novu, U Pont'à a Leccia et Petralba.
Les 6 et 7 mai 1769, les Français se regroupent à Lentu et occupent les cols de Tenda et de San Ghjacumu. Paoli demande à toutes les pieve d'envoyer des renforts pour la bataille qu'il sait décisive. Les Français qui tiennent plusieurs voies de passage ne laissent pas arriver ses renforts.
Le 8 mai à 10 heures du matin, les troupes corses tentent de reprendre les cols de Tenda et de San Ghjacumu. L'échec de la prise de ces cols a eu des conséquences désastreuses. Cela aurait pu permettre aux Corses de menacer l'armée du compe de Vaux par derrière. Au contraire, celui-ci, se sentant en sécurité, a pu mettre toutes ses troupes dans la bataille.
Le 8 mai à partir de 14 heures commence la bataille de Ponte Novu. Les Français engagent 5000 soldats contre les 2400 corses et une centaine de mercenaires.
Tout d'abord, Paoli fait attaquer San Ciprianu où sont cantonnées les troupes d'élite du comte de Vaux, à l'Est de Lentu. Les Nationaux prennent le dessus sur les Français mais Le comte de Vaux réagit en envoyant immédiatement des renforts pour empêcher San Ciprianu de tomber. Il envoie également des forces vers Canavaggia et Costa afin de couper la retraite éventuelle des troupes corses.
La seule manoeuvre possible pour les Nationaux est alors de reculer et de se regrouper sur la rive droite du pont. Mais les hauteurs dominant le pont à l'ouest n'étaient pas occupées par les Corses pour protéger le pont, car cette partie de l'armée française aurait dû être occupée à batailler avec les renforts corses venant du col de Tenda.
De plus Paoli lui même explique le 9 mai dans une lettre : " Hier, nous fûmes sur le point de remporter une victoire capitale. L'ardeur trop importante des nôtres les précipita trop vers l'ennemi. Le temps que j'organise un détachement pour occuper les hauteurs qui dominent le pont, les nôtres s'affolèrent sur le pont et empêchèrent sa traversée".
Les nationaux se sont alors retrouvés attaqués de front par 1900 soldats et sur le flan par 1200.
Les historiens divergent sur la raison pour laquelle les Corses n'ont pas réussis à se regroupper sur la rive droite du pont. Certaines sources parlent des mercenaires prussiens qui auraient tiré sur les Nationaux qui voulaient franchir le pont, soit par méprise, soit par trahison (des Prussiens ou celle d'un Corse qui aurait donné l'ordre de tirer sur tous les "fuyards" pour empêcher les troupes de Paoli de se regrouper). Il semble en fait que Paoli avait ordonné la construction d'un mur pour défendre le pont, déjà très étroit, et que les Nationaux lorsqu'ils ont passé le pont, ont perdu beaucoup de temps et se sont retrouvés sous le feu des Français qui, de part leur position dominante, ont pu infliger de lourdes pertes aux troupes corses.
Après, il était trop tard et les Corses avaient perdu trop d'hommes, il ne restait plus que la solution de la retraite. Suivant les chiffres des différents auteurs, cette semaine de bataille aurait coûté la vie à 500 nationaux, voire un millier. Les Français auraient perdu entre 400 et 800 hommes.
Henri-Joseph Alfonsi
Sources : U ricordu di Ponte Novu, éditions d'Altri Orizonti, tome II, 1995. Campagne du comte De Vaux, Pontinovu, Paoli Multeldu, Cismonte è Pumonti edizione, 1988. Recherches historiques et statistiques sur la Corse, par Robiquet, 1835.
Source : Fabesp
Du cap Corse au Coca-Cola
La Corse n'en est pas à sa première boisson partie à la conquête du monde. Déjà, en 1863, un pharmacien du cap Corse, Angelo Mariani, revenu d'un séjour en Amérique latine, eut l'idée de fabriquer une boisson à base de décoction de feuilles de coca. Le succès du "vin de Mariani" fut à la mesure des effets particulièrement toniques de cette boisson miraculeuse : foudroyant. De Pie X à Zola, les grands de ce monde ne juraient plus que par cet "élixir de vie" jusqu'à ce que, quelques années plus tard, l'Académie de médecine s'avise de la dépendance physique qu'il crée, le nomme "drogue" et l'interdise. A l'autre bout de la Terre, un pharmacien d'Atlanta reprit l'idée de son confrère corse, débarrassa la coca de sa cocaïne, ajouta du cola - le fruit d'une plante africaine - et en fit le... Coca-Cola.
Les Francs Maçons en Corse. Corse, terre maçonnique
Histoire
et légende
Beaucoup d’encre a coulé concernant les Francs Maçons depuis des décennies. Tout a été dit ou quasiment les concernant...mais peut-être
pas l’essentiel.
- D’où viennent-ils ?
- Qui sont-ils ?
- Quels objectifs poursuivent-ils ?
Système affairiste, secte, association philosophique, société
secrète ou système «bourgeois» en mal de sensations fortes, autant
d’interrogations suscitées par les «frères». Avant se pencher plus
en avant sur la Franc-maçonnerie insulaire, efforçons nous au
préalable de lever quelque peu le «bandeau» sur cette institution et
ses mystères...
Des origines confuses
Il paraît bien difficile de déterminer avec exactitude les
origines de la Franc-Maçonnerie. Pour certains, elle puiserait sa
source chez Noé, considéré comme le fondateur de l’ordre. Pour
d’autres, elle remonterait à l’époque, qu’il nous est impossible de
dater avec certitude, des vielles traditions ésotériques et des
initiations mystérieuses que l’on voit établies en Egypte, en Asie,
sur la Péninsule italienne, en Grèce et même jusqu’en Gaule.
D’autres encore, ont fait d’Adam, le premier Franc Maçon. Enfin,
certains y voient une origine rosicrucienne ou la continuité de
l’ordre des Templiers. Mais, comme le dit un adage célèbre « plus on
est dans l’ignorance, plus on suppute ». Aussi, bien que cette tâche
s’avère particulièrement ardue, et afin de lever les trop nombreux «
à priori » concernant cette institution, il nous a paru, dans un
premier temps, opportun d’esquisser quelques bribes de cet «
itinéraire » mystique où s’entremêlent mystères, légendes diverses,
tradition ésotérique et réalité historique.
Que n’a-t-on pas dit ou écrit sur la Franc-maçonnerie ? D’après
certains chercheurs, plus de 230 auteurs ne défendent pas moins de
40 thèses différentes. Difficile, dans ces conditions, de nous
aventurer à chercher une vérité qui semble voilée aux frères
eux-mêmes (ceux interrogés ne semblent détenir aucune certitude).
Néanmoins, l’hypothèse émise par Richard Dupuy (ancien Grand
Maître de la Grande Loge de France) dans «La foi d’un Franc Maçon»
(Plon), retient plus particulièrement notre attention car elle met
en exergue une origine commune qui semble tout à fait complémentaire
(le Temple de Salomon, l’Ordre des Templiers et les bâtisseurs) bien
qu’il semble exister, nous allons le voir, une antériorité au le
Temple de Salomon avec une origine, vraisemblablement égyptienne.
Richard Dupuy soutien donc la thèse selon laquelle, l’origine de
cette institution remonterait, semble t-il à la construction du
Temple de Salomon en prenant pour source, l’ancien testament.
Salomon, Fils de David, et roi d’Israël, décida, vers 967 avant JC,
de construire un Temple à la gloire de l’Eternel(II, Chroniques, 2)
, destiné à abriter l’arche d’alliance mais également réservé à tout
homme, quelles que soient sa couleur, sa race, sa nationalité et sa
religion, désireux de venir prier l’Eternel et de trouver abri,
justice, protection, pardon à ses pêchés et satisfaction à ses
suppliques (II, Chroniques, 6, 32-39).
Du mythe d’Hiram à l’ordre des Templiers
Pour cela, Salomon fit appel à un architecte renommé, Maître
Hiram Abif (l’orphelin ou l’enfant de la veuve), (I Rois, 7, 13-15
et II, Chroniques, 3). Ainsi, avant de procéder à l’ouverture de ce
chantier gigantesque, Maître Hiram demanda inspiration, force et
sagesse pour tous ses ouvriers en invoquant le maître des maîtres,
le Grand Architecte de l’Univers. Il détermina ensuite, le rôle de
chaque corps de métier utilisé en prenant soin de séparer apprentis,
compagnons et maîtres, chaque grade disposant d’un « mot de passe ».
Mais la légende raconte qu’un jour, le Temple, prêt à recevoir la
toiture, fut orphelin de son Maître d’oeuvre, assassiné durant la
nuit par trois compagnons qui tentaient de lui arracher par la
force, le secret des Maîtres Maçons. L’âme du chantier ayant
disparu, son oeuvre demeura inachevée. C’est pourquoi, ses ouvriers,
restent aujourd’hui à la recherche de cette parole perdue.
Cependant, si le début de cette histoire est bel et bien relaté par
la Bible, notamment les détails particulièrement minutieux relatifs
au Temple, aucune certitude n’existe concernant son issue, notamment
l’assassinat d’Hiram Abif. Ce mythe semble donc bien antérieur. Du
reste, son étrange analogie avec une période de l’Egypte (située
entre 1780 et 1560 avant notre ère), porte à croire qu’il s’en est
inspiré, ou, en tout état de cause, qu’il établi un lien plus
antérieur encore. Lors de la quinzième dynastie, les Egyptiens
furent envahie par une tribu asiatique : Les Hyksos. L’un d’entre
eux, Apophis, monta sur le trône et se mit en quête d’arracher les
secrets de l’immortalité à Sekenenrê Taâ II, Prince Thèbin. Devant
le refus de ce dernier, il le fit assassiner par trois prêtres.
Cette thèse, soutenue par Christopher Knight et Robert Lomas,
co-auteurs de « La clé d’Hiram »(Dervy) peut, bien qu’elle soit
controversée par certains historiens, corroborer l’idée d’une
origine égyptienne de la franc maçonnerie et expliquer le mythe
d’Hiram, d’autant que certaines loges pratiquent des rites
égyptiens. Mais poursuivons.
Deux mille ans se sont écoulés après l’assassinat d’Hiram Abif.
En 1118, au beau milieu de la deuxième croisade, neuf
gentilshommes, décidèrent, dans le but de rapprocher Orient et
Occident, de créer un Ordre, Les pauvres Chevaliers du Christ ,avec
à leur tête, Hugues de Pain. Ils s’installèrent dans les ruines du
Temple de Salomon et se joignirent à une secte gnostique étrange
issue de l’Islam, La tribu des Assassins. (de l’Arabe assas qui
signifie gardien). Ces derniers, inspirés de Platon et Pythagore, se
proclamant les détenteurs de la tradition de Maître Hiram, étaient
d’habiles bâtisseurs, experts dans divers arts comme la géométrie,
l’alchimie ou l’astrologie. On leur devrait donc, aujourd’hui, les
rites initiatiques, mystères et symboles utilisés en
Franc-maçonnerie. Les neufs gentilshommes, ainsi initiés devinrent
la milice du Christ et du Temple de Salomon. Ils se répandirent en
Orient et leur influence devint très rapidement croissante à tel
point qu’une bulle du Pape Alexandre III leur autorisa à relever du
Saint Siège directement. Véritables gendarmes, ils se voulaient les
défenseurs de la fraternité et de l’égalité. Ainsi, ils se
structurèrent sur le modèle de celui des assassins pour donner
naissance à un ordre célèbre : Les Templiers.
Les métiers francs ou étymologie de l’ordre. Et, en tant
que bâtisseurs (vocation première des assassins), ils se mirent en
quête de main d’oeuvre afin de remettre en état ce que les guerres
avaient dévasté.
Pour ce faire, ils n’hésitèrent pas à offrir la liberté à tous
ceux désireux de venir la gagner par ce qui est à l’origine de la
maçonnerie spéculative d’aujourd’hui : la sanctification par le
travail. Et comme, à cette époque, la liberté n’était que l’apanage
des plus nantis, les roturiers, par le biais des métiers francs,
étaient en droit de l’acquérir. Pour obtenir cette franchise, que
certaines villes libérées du joug seigneurial avaient acquise, il
leur fallait fuir la terre à laquelle ils étaient attachés, durant
un an et un jour et ou appartenir à une corporation avec ses règles
strictes (instruction, recrutement, discipline en étant introduit
par un maître artisan qui ne révélait ses secrets qu’à l’intérieur
de sa corporation). Les Templiers, jouissant d’une grande
souveraineté spirituelle et temporelle, proclamèrent donc que,
chaque maçon issue d’un corps de métier, établi sur le territoire,
deviendrait franc donc libre, après avoir été soumis à un examen
professionnel confié à un chevalier du Temple, ainsi qu’avoir prêté
serment de travailler suivant les règles de leur art. Autant dire
que cette nouvelle se répandit comme une traînée de poudre dans
l’Europe entière et l’on assista à un exode massif. Ainsi, on vit
arriver en Orient, de nombreux hommes en quête de liberté et sous la
protection de l’Ordre du Temple, ils partageaient repos, travail,
études, tout en recevant salaire, mais aussi enseignement
philosophique, scientifique et littéraire. En bref, une sorte
«d’initiation» calquée sur le modèle des «assassins».
A la fin de la deuxième croisade, de nombreux européens furent
rapatriés en Europe et l’ordre, tout en respectant sa mission
première en orient, essaima sur le vieux continent. Mais lieu
d’attraction pour tous les maçons du royaume, et par ailleurs
véritable organisme bancaire (notamment pour les pèlerins qui
partaient en terre sainte), il devint en l’espace de deux siècles,
immensément riche au point de venir susciter la jalousie exacerbée
de Philippe le Bel, roi de France. Celui-ci le pourchassa en lui
faisant le célèbre procès relaté par les historiens, tout en faisant
pression sur Clément V, lequel procèdera à sa dissolution. (bulle du
22 mars 1312).
Il va de soi que ce lien étroit entre les Templiers et la Franc
Maçonnerie est, lui aussi, mis en question par les historiens. Il
est vrai qu’il n’existe pas, de preuve véritablement tangible,
historiquement parlant, de cette liaison entre les deux ordres.
Néanmoins, le caractère initiatique, avec la transmission orale donc
quelque part secret, de la Franc maçonnerie, laisse planer le doute
même s’il appartiendra à chacun de se faire une idée sur la
question.
Des bâtisseurs de cathédrale à la Franc Maçonnerie spéculative.
L’ordre
du Temple, une fois disparu, les dizaines de milliers de chevaliers
qui le composaient, essaimèrent. L’un d’entre eux, Pierre d’Aumont,
accompagné de deux commandeurs et de cinq chevaliers, trouva refuge
dans des loges de maçons francs. Fuyant la France, où il était
pourchassé, il regagna l’Ecosse et tenta de recréer l’Ordre aidé en
cela par le roi, Robert Bruce. Et dans le but de se soustraire aux
persécutions, ils empruntèrent des symboles courants utilisés dans
l’art de la maçonnerie, comme l’équerre, le compas, le ciseau ou le
maillet.
Le chaînon manquant permettant d’arriver à la Franc-Maçonnerie
moderne, nous conduit, ensuite vers le compagnonnage qui va venir
enrichir ces éléments historiques et philosophiques.
Alors que les chevaliers du Temple, instaurent la Franc Maçonnerie
en Ecosse, un phénomène d’expansion et d’évolution va provoquer le
passage de l’opératif au spéculatif.
A partir du XVe siècle, de nombreuses constructions voient le jour
un peu partout en Europe. A la demande du seigneur ou du clerc, le
maître d’oeuvre, sollicite les maçons francs des divers corps de
métier dont il a besoin, les accueille et les éprouves par les mots,
signes et gestes de reconnaissance de la fraternité. Il les réunit
autour d’un point central et y élève, près du chantier, une loge (de
nos jours, il s’agit de la baraque où les ouvriers entreposent leurs
outils, s’abritent et prennent leurs repas). Elle est le coeur et le
cerveau de la vie communautaire du groupe et se maintien tout au
long de la construction de l’édifice. Il va sans dire que pour des
églises ou cathédrales, cela pouvait toucher plusieurs générations.
De ce fait, la loge revêt un caractère important pour ne pas dire
primordial pour chacun des maçons. Ils prêtent serment de loyauté
dans le travail, de fidélité envers les frères et de discrétion à
l’égard des maçons qui ne sont pas francs, donc non-initiés. C’est
ainsi que né un véritable ordre tout à la fois opératif et
initiatique.
De la
constitution d’Anderson à la première Grande Loge française
Par la suite, les loges, qui ne comptent que des membres
opératifs, initient à leurs mystères, des « profanes », ces derniers
devenant alors acceptés. Tous les maçons obéissent alors à une loi
morale universelle ou les obligations professionnelles cèdent la
place aux obligations sociales et morales. La transition s’opérant à
compter de cette époque progressivement de l’opératif vers le
spéculatif où la réflexion va remplacer le travail physique au sein
d’un concept enrichit d’idées spirituelles et philosophiques.
Menacé par le Concile d’Avignon, l’Ordre, qui prend ensuite une
certaine ampleur, rédige le Manuscrit Royal, énonçant quelques
principes religieux dont l’obligation de croire en Dieu, Grand
Architecte de l’Univers (1350). Au préalable, les premiers textes
connus de maçonnerie spéculative, le Reguis et le Cook, voient le
jour (fin XIIIe siècle et début XIVe).
Quatre siècles plus tard, précisément le 24 juin 1717, quatre
loges anglaises, s’érigent en Grande Loge de Londres. Après bien des
péripéties et des querelles internes, elle deviendra la Grande Loge
unie d’Angleterre (27 décembre 1814).
En 1721, le Manuscrit Royal n’étant, bien entendu, plus
d’actualité, le Grand Maître, le Duc de Montagu, charge James
Anderson, un pasteur presbytérien, de rédiger une nouvelle charte.
Celle-ci, approuvée le 25 novembre 1723, voit le jour sous le nom de
constitution d’Anderson et met en exergue les devoirs de tout
Franc-Maçon.
Quant à la première Grande Loge de France, elle est constituée en
1728, avant de devenir, sous l’impulsion d’événements historiques et
sociaux, le Grand Orient de France (20 octobre 1773).
Corse,
terre maçonnique
Près d’un millier de frères, représentant la quasi-totalité des
obédiences nationales, se réunissent une fois par mois, parfois
deux, dans les diverses loges de l’île, afin d’y débattre de sujets
philosophiques, spirituels ou de combattre en faveur de la liberté
de conscience. Ils se veulent les héritiers d’une véritable «
culture maçonnique » particulièrement ancrée en Corse, et dignement
représentée au niveau National par quelques grands noms.
Entre la Corse et la Franc maçonnerie, l’idylle ne date pas
d’aujourd’hui. Dans une région où les récits mythologiques, contes
et autres légendes, ont baigné notre enfance, l’occultisme et le
mysticisme mais également certaines «initiations» ou rituels
(l’occhju notamment) règnent en maître, réduisant l’église à la
portion congrue au profit d’un « paganisme » qui se taille la part
du lion. Dans cette perspective, il est tout à fait logique, de voir
la Franc maçonnerie et ses mystères, s’implanter depuis désormais
près de deux cent cinquante ans dans l’île. Néanmoins, si ce courant
de pensée ne date officiellement que de deux siècles et demi, son
état d’esprit, particulièrement ancré dans la mentalité insulaire,
semble bien plus antérieur.
Les rapports entre la Corse et la maçonnerie sont, en effet, aussi
anciens que certaines «empreintes» ésotériques, que le «chercheur»
peut trouver sur nos divers monuments ou chapelles. L’une des plus
connues étant celle des chapiteaux des colonnes de la cathédrale du
Nebbio où s’entrelacent l’équerre et le compas (deux symboles
maçonniques).
Mais l’on pourrait également citer la porte de l’une des maisons
de Pasquale Paoli à Merusaglia ou le campanile de Santa Maria
Magiore à Bunifaziu, constellé d’étoiles à six branches (sceau de
Salomon). Et les exemples sont encore multiples.
Comment, également, passer sous silence, I Giovannali, qui, au
milieu du XIVe siècle, furent les véritables précurseurs de la franc
maçonnerie spéculative et dont l’une des plus vielles loges
ajaccienne porte encore le nom aujourd’hui établissant, si besoin
est, la filiation spirituelle.
Vieille terre de Franc maçonnerie, la Corse a pu offrir au monde
des frères qui portaient des noms aussi prestigieux que Pasquale
Paoli, Charles Bonaparte et ses fils, Joseph, Louis et Jérôme ou
bien Antoine Salicetti et Horace Sébastiani qui repose aux Invalides
et dont l’une des loges insulaires porte le nom.
Tous ces personnages historiques, ont joué un rôle de premier plan
sur la scène corse mais aussi dans l’Europe des lumières.
Les uns furent initiés à Londres, les autres à Marseille, d’autres
encore à Livourne ou à Naples, lieux de prédilection des Corses,
mais tous ont contribué au développement de la franc maçonnerie
insulaire. En outre, il semble également opportun de rajouter à
cette liste, certains frères ayant transité par la Corse. A une
époque de troubles, ils vinrent chercher asile dans l’île lorsque
leur engagement politique, social ou spirituel les mettait en péril.
Ainsi, on pourra citer, Buanarotti, fondateur de la Charbonnerie,
Mazzini et le célèbre Giuseppe Garibaldi.
La Franc maçonnerie aurait été, semble t-il, implantée en Corse
par les militaires, ce qui paraît logique. La Loge «Saint Louis» du
Régiment de Guyenne fut constituée à Bastia, le 23 mars 1771.
Quant à la première Loge (officielle) qui «alluma les feux» (selon
les termes employés en maçonnerie), il s’agit de «la parfaite union»
à Bastia le 22 mars 1774, sous l’égide du Grand Orient de France.
Elle sera suivie, quatre ans plus tard, par «La sincère amitié» à
Corti.
En 1778, cette dernière envoie une délégation de ses membres, «
visiter » la parfaite union de Bastia. Dans le procès verbal de la
séance, on peut lire que l’un des membres de Corti est inscrit
depuis le 27 décembre 1773, ceci mettant en exergue que des Loges
existaient bien avant la reconnaissance officielle d’une obédience.
La première Loge ajaccienne, «La Paix», voit le jour, quant à
elle, le 3 mai 1804. Au préalable, entre 1795 et 1801, toute
activité maçonnique semble avoir disparu de l’île, tout au moins de
Haute-Corse.
La Loge, «La Fraternité» est installée officiellement à Bunifaziu,
le 5 janvier 1805 mais elle fonctionne depuis 1803.
Nous terminerons cette liste par la Loge Cyrnus, crée en 1821 au
10e Régiment d’Infanterie légère, stationné à Saint Martin de Ré et
dont la dénomination semble attester de la prédominance de frères
corses. Cette loge sera, du reste, la première à s’installée en
Algérie, en 1832.
Quant aux Loges les plus anciennes, étant toujours en activité,
nous citerons «L’étoile de Cyrnos», née à Bastia en 1902, et
«L’émancipation ajaccienne» dans la cité impériale, en 1903.
Voilà un bref aperçu des créations des premières loges corses
attestées par les documents.
Sans doute en a-t-il existé d’autres, fonctionnant indépendamment
des obédiences constituées ou rattachées à des Grandes Loges
italiennes, espagnoles ou anglaises.
N’omettons pas que Pascal Paoli fut initié dans la Loge des neuf
muses le 15 juin 1778. En ce qui concerne Jérôme Bonaparte, il fut
initié à Toulon, en 1801, dans la Loge de la Paix. Lors de se
réception, il y fut répertorié et traité comme fils de maçon. C’est
là d’ailleurs, la seule trace d’appartenance maçonnique de son père
Charles. Celui-ci n’a jamais été mentionné dans les Loges
françaises, ce qui tendrait à prouver qu’il fut initié bien avant
1769, date à laquelle la Corse devint française, corroborant
l’existence probable de Loges maçonniques italiennes avant cette
date.
Réalisé avec l’aimable concours de franc maçons
Bibliographie :
Bible (ancien testament)
La foi d’un Franc Maçon (Richard Dupuy, Plon)
La symbolique maçonnique (Jules Boucher)
La clé d’Hiram (Christophe Knight et Robert Lomas, Dervy)
Pasquale Paoli, proclamé Père de la Patrie et Général de la Nation a fortement marqué l’histoire de la Corse. Il est l’initiateur de la constitution corse et contribua à l’élaboration de celle des États Unis d’Amérique ; de nombreuses villes américaines portent son nom : Paoli City dans le Colorado, l’Indiana, la Pennsylvanie…
Le 6 avril 1725, lorsque Pasquale Paoli naît à Stretta, près de Merusaglia, la Corse est encore occupée par des troupes génoises. Ce n’est que dix ans plus tard, le 30 janvier 1735, que la Corse est déclarée indépendante par la Cunsulta d’Orezza qui vota la première constitution Corse, la première constitution démocratique moderne. Le pouvoir législatif est confié à une assemblée composée de députés élus par le peuple et le pouvoir exécutif est confié à une junte de six membres élus par l’assemblée.
Ghjacintu Paoli, père de Pasquale, est élu député et siège à la junte. Mais en 1739 la Corse est à nouveau défaite par Gênes contraignant les Paoli à l’exil. Réfugiés à Naples, Pasquale Paoli suivra les cours de l’université de cette ville où il fera de brillantes études et s’orientera vers une carrière militaire. Puis il est nommé sous-lieutenant au régiment royal en garnison en Sicile.
Bien qu’en exil, le jeune Paoli suit attentivement les évènements qui secouent la Corse et lorsque son frère Clemente et de nombreux notables insulaires lui demandent de rentrer en Corse il le fait. Le 29 avril 1755 Pasquale Paoli débarque à Aleria ; le 14 juillet la Cunsulta d’Orezza le proclame Général de la Nation Corse.
Lorsque Pasquale Paoli prend le pouvoir le désordre et l’anarchie règnent en Corse et une lourde tache l’attend. Dès novembre 1755 il fera de l’île un État doté d’une constitution, d’une administration, d’une justice et d’une armée. Ce ne sera qu’en 1761 que la Cunsulta de Viscuvatu décidera de frapper monnaie. Parallèlement à l’œuvre politique, Pasquale Paoli ouvre de nombreuses écoles et crée à Corti l’université de Corse. Il œuvre également sur le plan économique en favorisant l’agriculture, l’industrie et le commerce extérieur. Il crée une administration chargée de la culture des terrains et introduit la pomme de terre en Corse. Pasquale Paoli développe l’exploitation des mines de cuivre et de plomb et crée le port d’Isula.
Sous son autorité la Corse devient une république admirée par de nombreux pays
08 Avril 2004 - Les restes de l'avion de l'auteur de Vol de nuit, retrouvés au large de Marseille, ont été authentifiés. Le mystère de sa disparition presque élucidé.
Il est né le 29 juin 1900, à Lyon. Et est entré dans la légende quarante-quatre ans plus tard, un 31 juillet, en disparaissant au-dessus de la Méditerranée, sans laisser de traces.
Ce matin-là, le pilote des Forces françaises libres Antoine de Saint-Exupéry avait décollé de Borgo, en Corse, à bord de son bimoteur Lightning P38, modifié en avion de reconnaissance avec, à l'avant, des caméras à la place d'une mitrailleuse. La météo était bonne pour cette mission photographique à l'est de Lyon, au-dessus de la Savoie, en France occupée. Elle devait aussi être le dernier vol de l'auteur de Terre des hommes. Partiellement paralysé de son bras gauche, corpulent, jugé trop âgé pour piloter, il avait été mis en réserve de commandement en 1943 mais, finalement, autorisé à effectuer quelques missions au sein du 33e groupe de reconnaissance, une unité comprenant uniquement des Français, installée en Corse depuis le 17 juillet 1944.
La gourmette de Saint-Ex retrouvée
Pendant cinquante-quatre ans, le mystère est resté complet. On a parlé de combat avec des avions allemands, de crash au-dessus des Alpes, de chute en mer, et même de suicide, sans jamais pouvoir identifier le lieu du drame. Les radars alliés ont suivi l'avion jusqu'à son passage au-dessus des côtes françaises, une heure après son décollage. Le pilote aurait dû les franchir de nouveau, en sens contraire, deux heures plus tard, pour rejoindre sa base. Il n'est jamais revenu.
Un jour de septembre 1998, le patron de l'Horizon, un chalutier marseillais, Jean-Claude Bianco, remonte dans ses filets deux pièces métalliques et un objet couvert de concrétions attestant un long séjour dans la mer. Extraite de sa gangue, la gourmette d'argent, rongée et noircie par le sel, révèle une inscription " Antoine de Saint-Exupéry (Consuelo) c/o Reynal and Hitchcock Inc. 386 4th Ave N.Y. City USA ", les noms du pilote, de son épouse et des éditeurs de la première traduction anglaise du Petit Prince, en 1943. Le pêcheur aurait rejeté à la mer, avec d'autres déchets, un morceau de tissu attaché à la gourmette, provenant, peut-être, de la combinaison chauffante de Saint-Exupéry.
Le bracelet est alors remis à Henri-Germain Delauze, créateur de la Comex, une société de robotique spécialisée dans l'exploration des fonds marins. Un fanatique chercheur de trésors qui entreprend immédiatement des recherches sur une zone d'environ 400 kilomètres carrés, entre Marseille et Bandol, pour tenter de retrouver l'épave de l'appareil. Sans succès.
Au milieu des doutes et des polémiques, la découverte de la gourmette avait néanmoins permis de lever un coin du voile sur le mystère de la disparition du romancier. Mais ses héritiers et la direction des affaires maritimes n'avaient guère apprécié que le bijou ne leur soit pas remis. La poursuite des recherches sur le site sera interdite pendant plusieurs années. C'est en mai 2000 qu'un plongeur marseillais, Luc Vanrell, découvre, par plus de 80 mètres de fond, dans une zone proche de l'île de Riou, les restes d'un avion Lightning P-38, disséminés sur 800 mètres : une partie du fuselage, les restes d'un turbocompresseur et d'un logement de train d'atterrissage. Un mois plus tôt, un autre plongeur, Jean-Claude Cayol, avait trouvé un morceau d'empennage. Philippe Castellano, plongeur lui-même et historien amateur, fanatique d'aviation et président de l'association à l'origine des recherches, n'en doute pas : il s'agit de l'avion de Saint-Ex.
Des restes de l'appareil de l'écrivain
Après la levée de l'interdiction de plonger sur le site, en octobre 2003, on commence à remonter des morceaux de l'appareil. Selon Philippe Castellano, le numéro 2734L, gravé manuellement, découvert sur un panneau du caisson du turbocompresseur, localisé sur la poutre gauche du P-38, authentifierait la découverte. Il s'agirait d'un numéro de traçabilité, un numéro de matricule d'usine civil à quatre chiffres, retrouvé sur d'autres appareils, habituellement utilisé par la firme Lockheed pour identifier ses avions. Le 2734L, d'après la nomenclature technique, correspondrait au 42-68223, le numéro militaire de l'avion de Saint-Ex. Beaucoup d'avions gisent au fond de la Méditerranée. Parmi eux, douze Ligthning P-38 mais seulement quatre du modèle de celui de Saint-Exupéry. Les recherches ont permis d'en identifier trois. Un seul manquait à l'appel.
Hier, le département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (DRASSM) a confirmé que la pièce de P-38, remontée à l'automne dernier, à l'est de l'île de Riou, dans le secteur où la gourmette avait été retrouvée, appartenait bien à l'appareil de l'écrivain. L'annonce officielle de l'accident devrait voir lieu à Marseille en fin de semaine. Le mystère Saint-Ex serait ainsi pratiquement élucidé. Pourtant, dans un cimetière du littoral varois, repose un corps, découvert en septembre 1944, et dont certains affirment qu'il s'agit de celui du romancier.