Le sorcier est un personnage auquel on attribue le pouvoir de donner magiquement
la mort.
Il porte des noms différents selon les régions : dans le nord de l'Ile,
on l'appelle murtulaghju ou murtulone (de morte, mort), et les
termes le désignent comme un être qui participe au monde des morts. Dans le
Sud, il porte le nom de culpatore, acciacatore, ou plus généralement mazzeru
(nom que l'on retrouve également ailleurs) ; ces trois termes sont formés à
partir des verbes culpà, acciacà, et amazzà, qui tous signifient «
tuer en frappant ». Le mazzeru est en effet quelqu'un qui tue sa victime
en l'abattant à la manière des chasseurs. On l'appelle le « nocturne chasseur
d'âmes ».
C'est la nuit en songe que les mazzeri, ou plutôt leur double, car en réalité
ils ne quittent pas leur lit, se rendent à une chasse nocturne, poussés par
une force mystérieuse. Leurs terrains de chasse sont des Keux incultes,
sauvages, au maquis impénétrable, et situés près d'une rivière. C'est là
qu'ils se postent à l'affût et abattent la première bête qui vient à passer
sanglier le plus souvent - mais aussi n'importe quel animal, même domestique,
porc, chèvre, chien... La bête tuée, le ou les mazzeri, car ils partent en
chasse tantôt en bande, tantôt seuls, la retournent sur le dos et c'est alors
qu'ils s'aperçoivent que te visage de l'animal est en réalité celui d'une
personne de leur village. Cette personne meurt inévitablement et réellement
peu de temps après la chasse nocturne.
"l'Almanach de la mémoire et des coutumes Corse" de Claire Tiévant &
Lucie Desideri (Albin Michel, 1986)
Baracuccu
Aujourd'hui encore, dans certains villages, les
enfants perpétuent la tradition des voeux et quêtes ritualisées du nouvel an.
Ainsi, à Penta di Casinca, quelques enfants, des rameaux d'olivier à la
main, vont de porte en porte présenter leurs voeux et offrir un rameau, en
échange de quoi ils reçoivent un petit présent, souvent une pièce de monnaie.
Jadis, la coutume était scrupuleusement observée par tous les enfants et dans
chaque village. Souvent, la cérémonie se déroulait la veille du jour de l'an, à
la nuit tombée. Les enfants se regroupaient aux cris joyeux de "Baracuccu
!", terme qui désigne l'abricotier et qui n'est pas sans rapport avec les
offrandes que chaque maîtresse de maision préparait ce jour-là à leur intention.
En petits groupes, les enfants allaient donc frapper de porte en porte pour
offrir leurs bons vœux aux maîtresses de maison : « Bon dî, bon annu... » («
Bonjour, bonne année... »). Leur hôtesse avait fait ses réserves et leur
offrait un petit lot de fruits secs composé d'amandes, de noix, de figues et
autres. Bien souvent, la maîtresse de maison jetait ses offrandes sur la petite
troupe d'enfants et toute la joie de ces derniers était de se précipiter dessus
pour en ramasser le plus grand nombre.
Inutile de dire que le plancher était vite nettoyé et qu'après les
remerciements d'usage, les jeunes visiteurs du jour allaient frapper à la porte
suivante, aux cris de « baracuccu ! ». Les offrandes variaient selon les pays et
les maisons ; ici, on recevait des canistre et canistroni (gâteaux secs en
forme de 8), là une orange ou une mandarine, mais le plus généralement des
fruits secs. Il y avait souvent parmi les jeunes visiteurs un petit plaisantin
qui savait habilement détourner la formule de vœux traditionnelle en une formule
plus facétieuse que les adultes accueillaient avec bienveillance. En Corse du
Sud, c'était avec des branches d'albitru
(arbousier)> que les enfants faisaient leur tournée.
"l'Almanach de la mémoire et des coutumes Corse" de Claire Tiévant &
Lucie Desideri (Albin Michel, 1986)
le chjam' è rispondi
Le soir à la veillée, au cours d'une réunion, d'une fête
patronale ou d'une foire, à l'occasion d'un mariage ou d'un baptême,
bref, à la faveur de toute rencontre, les hommes doués pour le
verbe et habités par la poésie aiment à s'affronter dans des
duels poétiques appelés chjama è rispondi (appel et réponses).
Véritable joute oratoire chantée en vers, le chjama è risponi
confronte deux improvisateurs qui, sans accompagnement musical,
mettent en jeu la poésie, la connaissance, la sagesse, la rapidité
et l'esprit de leur « adversaire », pour le plus grand plaisir
de leur auditoire.
Généralement debout et face à face, les improvisateurs
entament le chjam' è rispondi sur un thème se rapportant à la
circonstance : à la faveur d'une conversation ou d'un petit événement
qui vient de se dérouler, l'un d'eux fait brusquement la
chjama (l'appel) à l'adresse de l'autre en un couplet versifié
et plein d'esprit. Interpellé de la sorte, son partenaire se doit
de relever le défi et, choisissant à son tour une mélodie qu'il
tiendra pendant toute la joute, il donne une risponde (réplique)
bien tournée qui obligera son interlocuteur à reprendre le
dialogue avec la même rapidité et autant de talent. Le public
les entoure, attentif, entrecoupant d'applaudissements les
interventions réussies et stimulant la virtuosité des poètes en
présence. Le chjam' è rispondi ne s'achève que lorsque l'un des
improvisateurs parvient, par son humour, sa sagacité et son art
poétique, à réduire son adversaire au silence. De quoi débat-on
dans le chjam' è rispondi ? De tout ce que la vie apporte de bon
et de mauvais (la foire de Niolu, les incendies de forêts, la
politique, la langue corse, etc.)
Des joutes verbales qui
parfois, finissent mal...
Si le chjam' è rispondi prend généralement place à
l'improviste, au cours d'une fête ou d'une réunion, des concours
sont également organisés pour mettre en présence les poètes
les plus réputés de Corse.
Stimulés par leur public, les auteurs du chjam' è rispondi font
parfois preuve d'une telle virtuosité que quelques heures ne
suffisent pas à réduire l'un d'entre eux au silence. On connaît
et on a connu des improvisations qui ont duré plus d'un jour et
d'une nuit. La tension entre les poètes est souvent grande et
l'on raconte qu'autrefois, certains chjam' è rispondi s'achevèrent
avec le stylet ou le fusil... Mais d'une manière générale, le
chjam' è rispondi s'achève aussi courtoisement qu'il a commencé.
C'est là tout l'intérêt de ce duel chanté qui peut
commencer par des questions aussi énigmatiques que : Dimmi s'hanu
fattu prima u martellu o a tenaglia ? (Dis-moi si on a fait
d'abord le marteau ou la tenaille?) ou encore : Dimmi s'ell'hè
natu prima l'ovu o a gallina ? (Dis-moi qui est né le
premier, l'œuf ou la poule?)
... ou au contraire,
plutôt bien.
Le chjam' è rispondi connaît parfois d'heureuses issues. On
raconte souvent l'histoire d'une jeune fille qui, au début du siècle
passé, arrive dans un village de la pieve de Vallerustie,
un jour de fête. Comme de coutume, on arrête l'étrangère et
ses parents et on les convie à la fête. Un jeune villageois,
probablement charmé par la jeune fille, se met à chjamà
(interpeller) la jolie Firenza. Et celle-ci se met à risponde
(répondre) avec talent. Le chjam' è rispondi qui s'engagea alors
se termina, dit-on, par une demande en mariage ! Et quelques jours
plus tard, au village, on put fêter l'heureuse union...
"l'Almanach de la mémoire et des coutumes Corse" de Claire Tiévant &
Lucie Desideri (Albin Michel, 1986)
U Castagnu (le châtaignier)
Bonjour à tous, mon pseudonyme (sans aucun rapport avec mon véritable nom) est Francis Natzsog, je m'étais déjà exprimé ici-même sur ce site, mais c'est bien la première fois que je suis de l'autre côté de la barrière. Aujourd'hui, je commence en vous parlant d'un arbre qui me tient profondément à coeur : le châtaignier.
Un sujet qui me tenait à cœur depuis déjà longtemps, et dont j'aurais aimé vous parler plus tôt. Aujourd'hui, je me suis juré de rédiger un article sans parler de politique. Et j'espère y parvenir en dépit du contexte politique actuel très chargé.
Pour parler franchement du châtaignier, je dirais que c'est une phanérogame dicotylédone de la famille des fagacées et du genre Castanea ; il peut atteindre 30 mètres de haut, à l'état adulte ; les jeunes sont sciapiles et les adultes héliophiles. Mais en toute honnêteté, je ne pense pas que ce soit cet aspect là qui vous intéresse.
Le châtaignier en lui-même est présent en Corse depuis le Miocène (c'est relativement récent, même si ça fait quand même quelques millions d'années). Il est cependant plus ancien que de nombreuses autres essences, telles que l'abricotier, introduit en Corse depuis seulement quelques siècles.
Cependant, ce n'est que très récemment (quelques siècles, quand même, au Moyen-âge), que différentes qualité de châtaigniers se créèrent, avec les greffes. Ainsi, différentes qualités de châtaignes naquirent, plus ou moins grandes, plus ou moins rondes, plus ou moins rouges, plus ou moins noires, plus ou moins sucrées... (et ainsi de suite, car ça commençait à devenir long, cette liste des « plus ou moins... »). Je suis loin de connaître la totalité de toutes les variétés, mais si vous vous contentez de mes quelques souvenirs, de mémoire, je citerais quelques variétés comme u Tunatu, a Teghja, a Rossa, a Ghjiutile, a Campanese, a Facciata, a Pidduchina, è a Firgiata. Ne me demandez pas non plus ce qui distingue ces différentes variétés, je préfère éviter le sujet, car je sais très bien que je ne pourrais rentrer précisément dans les détails précis.
Le châtaignier fut durant des siècles et des siècles, aussi bien avant l'importation des greffons que après, une source de nourriture non négligeable pour les Corses. Il ne faut pas oublier qu'une grande majorité des fruits et légumes qui constituent notre alimentation actuelle, sont des découvertes relativement récentes (enfin, quelques siècles quand même) pour nous.
Les clichés réducteurs de nos habituels détracteurs prétendent que nous autres Corses, nous sommes de gros fainéants, parce que nous ne mangeons que des châtaignes. Si le fait de prétendre que nous sommes fainéants est pire qu'un cliché, est une insulte à la mémoire de nos ancêtres, il n'est pas entièrement faux, pour une fois, de prétendre que nous aimons beaucoup les châtaignes.
Jadis, beaucoup de villages en Corse avaient, autour d'eux, une quantité non négligeable de châtaigniers. Ce phénomène, plus ou moins marqué selon les régions, fut particulièrement prononcé en Castagniccia (ce qui n'est pas trop loin de chez moi), au point d'avoir même inspiré le nom de la région.
Le terme d' « arbre à pain », donné au châtaignier, est loin d'être usurpé, car à des époques plus ou moins lointaines, il fut réellement indispensable à de nombreux villages, et quand la récolte n'était pas bonne, il n'était pas rare que cela déclenche une famine (j'ai un souvenir, Dieu merci, pas personnel, qu'une fois, à Orezza, au Moyen-âge, la famine était si importante qu'il fallu se rabattre à manger certaines* fougères ! Triste souvenir).
La châtaigne peut se manger de différente façon :
-On peut très bien la manger nature, sans rien, telle qu'elle est ramassé, après avoir, au préalable retiré la peau, mais en toute franchise, ce n'est pas du tout recommandé, car, cela n'est pas formidablement bon, et ce serait du gâchis, que de manger une châtaigne comme je l'ai dit, alors qu'elle peut être si bonne, si elle est préparée.
-Grillée (fasgiole).
-Bouillie (ballote).
-Sous forme de farine de châtaigne. Cette dernière utilisation fut, et demeure encore la plus usitée. Il faut d'abord ramasser la châtaigne (quelle surprise ! il faut les ramasser, les châtaignes, et les extraire de la bogue), puis il faut la faire sécher. Pour cela, dans les temps, on transportait les kilos et les kilos de châtaigne à dos d'âne (pour ceux qui avaient les moyens d'avoir un âne) ou à dos d'homme dans le rataghju (séchoir à châtaigne). Là, il fallait les ranger soigneusement. Ensuite, une fois que les fruits étaient secs, il fallait retourner au rataghju, pour prendre les châtaignes, et les amener au moulin, à eau, où elles étaient transformées en farine. Jadis, les moulins à eau étaient très répandus en Corse. Le principe était fort simple : l'eau actionnait les meules. Les moulins étaient des éléments indispensables à la vie des villages qui avaient des châtaigniers autour. Hélas, aujourd'hui, la plupart de ces antiques moulins à eau sont aujourd'hui en ruine, ou transformés en résidences (je dis « la plupart », car je connais un exemple d'un moulin à eau, datant du XVè, qui est en parfait état). Si je peux résumer d'un point de vue numérique, 9 décalitres de châtaignes fraiches donnent 3 décalitres de châtaignes sèches, qui donnent eux-mêmes 15 kg de farine. Comme vous avez pu le constater, l'élaboration de la farine de châtaigne est une tâche complexe et épuisante. À ce titre, les éminents personnages racistes et anticorses qui prétendent que c'est une activité de fainéant, n'ont qu'à aller voir ailleurs, car je ne me sens pas d'humeur à discuter avec des personnes obtuses, ce soir.
Hélas, ces arbres qui contribuèrent à faire de la Corse un endroit béni souffrent de nombreux dangers, en partie liés au monde moderne. Concernant le réchauffement climatique, il n'y a pas d'effet particulièrement grave, puisque l'arbre craint les grands froids ! Mais par « monde moderne », je ne pense pas nécessairement au réchauffement climatique. Ainsi, au XIXè, les usines à tanin installées à Barchetta, Ponte Leccia, et ailleurs, ont fabriqué d'importantes quantités de tanin en utilisant du bois de châtaignier à profusion. C'est ainsi que de très nombreux châtaigniers furent abattus dans ce contexte. Eux qui depuis des millénaires nourrissaient les Corses, étaient alors décimés par les corses, peu reconnaissants de tous ses bienfaits. C'est d'ailleurs dans ce contexte que Paoli di Tagliu écrivit, à cette époque la célèbre chanson « Lamentu di u castagnu à u corsu ». Heureusement, aujourd'hui, ce problème n'existe plus, puisque les usines à tanin ont fermé. Un autre problème préoccupant, et qui malheureusement reste encore d'actualité, est le problème des incendies estivaux. Périodiquement, notre terre brûle, et face à la puissance du feu, il est souvent très difficile d'agir. J'en profite au passage pour saluer le courage et l'abnégation des pompiers, qui accomplissent chaque été, un travail admirable. Pour en revenir au sujet qui nous occupe, je dirais que de très nombreux châtaigniers meurent tous les ans, à cause de ces feus qui ravagent notre antique patrimoine forestier, qui constitue un peu une partie de l'âme de la Corse. Même si le châtaignier n'est pas à proprement parler un bon combustible (je parle du bois frais), et que de ce fait les dégâts sont moins importants qu'ils n'y paraissent, cela ne nous autorise aucunement à baisser les bras dans le combat contre les incendies et les incendiaires. Hélas, la liste des maux des châtaigniers ne s'arrête pas là, car il reste encore les deux maladies (les plus répandues) : le chancre et l'encre. Le premier est une maladie qui s'attaque au tronc, et étouffe l'arbre qui dépérit rapidement, la maladie, un champignon se transmet par contact, et touche en priorité les arbres dont l'écorce est endommagée. Le second, à mon sens, le pire des deux, se transmet dans le sol, par la terre, et s'en prend aux cellules régénératrices des racines. L'arbre suinte à la base du tronc, de la sève dégénérée de couleur très sombre (d'où le nom d' « encre » donnée à cette maladie), son écorce blanchit, et il meurt. L'arbre meurt très lentement, et la maladie est particulièrement contagieuse (j'ai vu, pour ma part, tout un terrain planté de superbes châtaigniers biens entretenus être décimé à 90 % en à peine 10 ans par cette sinistre maladie). Et le pire, c'est qu'à l'heure actuelle, il n'existe aucun traitement. Enfin, l'absence d'entretien est le dernier fléau qui touche les châtaigniers, et ainsi, peut rendre l'arbre plus sensible aux incendies et maladies.
Je crois que c'est tout pour le moment, mais je tenais quand même à conclure cette réflexion par le fait que même si les châtaigniers me tiennent vraiment à cœur, j'ai toujours eu du mal à écrire correctement le mot « châtaignier », et le mot « châtaigne » du premier coup ! Par contre, là où je ne me trompe pas, c'est sur l'orthographe du mot corse « castagnu » et « castagna ». Il faut reconnaître que c'est beaucoup plus simple.
Au cours de cet article, j'ai présenté, peut être un peu abusivement, cet arbre fantastique comme étant l'arbre essentiel de la Corse. Or, il existe également d'autres arbres très importants, à commencer par l'olivier, qui du point de vue de son rôle et du symbole qu'il représente, est le « jumeau » du châtaignier (même si son rôle est très différent, son importance est identique). Lui aussi mériterait bien des éloges. Lui ainsi que beaucoup d'autres. Cela dit, je préfère quand même me limiter à parler de ce que je connais bien, pour m'éviter de dire, comme je l'ai déjà dit, des âneries, en me trompant en parlant de ce que je connais moins bien. Des châtaigniers, par exemples, j'en ai tout autour de chez moi, c'est vous dire si je les connais bien, c'est pour cela que je me suis montré si loquasse.
* Toutes les fougères ne sont pas comestibles. Certaines sont mêmes très toxiques. À ce titre, je tenais à vous mettre en garde, pour ne pas que vous croyiez que parce qu'à Orezza, au Moyen-âge, ils avaient mangés des fougères, que toutes les fougères sont comestibles, et que l'on peut tenter l'expérience. Je ne voudrais surtout pas que mes propos soient mal interprétés. Sur ce, à vedeci (au revoir, en corse).
Francis Natzsog sur LePost.fr
Source :
Bataille corse / crapette rapide
Vulè a botte piena è a moglie briaca
La Bataille corse, au départ, c’est comme la Bataille. On prend un jeu de cartes classiques (ou deux jeux à beaucoup de joueurs ou pour que la partie dure longtemps). On garde toutes les cartes, même les joker, soit les 54 (ou les 108). On distribue le paquet entier équitablement à tous les joueurs (si un joueur reçoit une carte de plus que les autres, ça n’est pas très grave). Les joueurs prennent leurs cartes en main face cachée.
Le principe de jeu est similaire à la Bataille : chacun leur tour, dans le sens des aiguilles d’une montre, les joueurs retournent la carte située en haut de leur main, et ce sans la regarder avant de la poser. Le mouvement doit donc être effectué vers l’extérieur. Les cartes ainsi jouées son posées face visible en tas au centre de la table.
Ben alors, c’est une Bataille normale? Que nenni ! C’est ici qu’arrivent les changements. En premier lieu : les cartes n’ont pas de valeur spécifique. C’est à dire que le 10 n’est pas plus fort que le 5 qui n’est pas plus fort que le 2. Alors comment ça se passe ? Les joueurs jouent leur carte et ça continue jusqu’à ce qu’un joueur joue une figure. Exemple : le premier joueur joue un 4, le second un 9, le troisième un 7, retour au premier qui met un 6 – jusque-là, rien ne se passe : il s’agit de chaussettes – et arrive une dame du second joueur. Ici, la bataille réelle commence. Lorsqu’une figure est jouée par un joueur, le joueur successif a un certain nombre de tentatives pour jouer lui-meme une figure. S’il y parvient, c’est alors au tour du joueur suivant de mettre une figure et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’un joueur n’y arrive pas et ne pose que des chaussettes. Lorsqu’un joueur échoue, c’est le joueur précédent qui empoche toutes les cartes sur la table.
Tentatives autorisées Lorsqu’un joueur joue une figure, le joueur successif a un certains nombres de tentatives pour jouer une figure. Combien ? Cela dépend de la figure jouée.
- Joker : 5 tentatives - As : 4 tentatives - Roi : 3 tentatives - Dame : 2 tentatives - Valet : 1 tentative
Le valet est donc la carte la plus forte du jeu.
Reprenons l’exemple de tout à l’heure : le second joueur venait de jouer une dame. Le troisième joueur met un 8. Deuxième tentative : un Joker. C’est bon. Le tour passe au premier joueur qui a 5 tentatives : 7 – 6 – Valet. C’est bon. Le tour revient au second joueur qui n’a qu’une seule tentative : 3. Echec. Toutes les cartes jouées sont gagnées par le premier joueur. Il prend les cartes, les placent sous sa pile de jeu toujours face cachée. Puis il lance la première carte de sa main. Un nouveau tour de jeu commence.
Qui c’est qui gagne ? Comme dans Highlander, il ne peut en rester qu’un. Celui qui gagne toutes les cartes gagne la partie.
Mais alors, c’est pas très fun comme jeu ? La partie amusante de la Bataille corse arrive maintenant. Lorsque deux cartes de même valeur sont jouées à la suite (deux 8, deux valets, deux as, etc.) les joueurs peuvent taper sur le tas de cartes. Le plus rapide empoche ce même tas et l’on passe à un nouveau tour à partir du vainqueur. La situtation de "tape" peut se produire lors de deux situations : - un joueur pose une carte, le suivant pose une carte de même valeur - un joueur pose une figure, le joueur suivant, lors de ses tentatives pour poser une autre figure, pose successivement deux cartes de même valeur
Aïe ma main Effectivement, en général, ça finit par taper de plus en plus fort. Comme ça, si on ne gagne pas les cartes, au moins on éclate les mains de ses adversaires. Mais c’est bon pour la circulation sanguine il paraît...
Erreur Si un joueur tape en se trompant (il croit avoir vu deux cartes identiques se suivre et ça n’est pas le cas), ce même joueur pose sur la table devant lui, face cachée, les deux premières cartes de son paquet. Il s’agit d’une pénalité. Le jeu reprend son tour normal. Le joueur qui gagne ce tour de jeu, empoche en même temps que les cartes sur la table, les deux cartes de pénalité.
Fin sur une figure Imaginons le cas où le premier joueur mette un roi. Le joueur successif a donc 3 tentatives, or il ne lui reste en main qu’une carte qui s’avère être une chaussette. Toutes les tentatives doivent être jouées ! De ce fait, il va aller piocher (sauf la dernière carte) dans le paquet du joueur précédent. Dans notre exemple, s’il tire deux autres chaussettes, il est sorti du jeu. S’il tire en revanche une figure, il a de la chance et le jeu continue. Reprenons l’exemple depuis le début, le premier joueur pose une chaussette, le joueur successif joue sa dernière carte, également une chaussette : ce joueur est sorti du jeu.
L’Histoire sans fin L’avantage de la Bataille corse est que les joueurs qui n’ont pas de cartes ne sont pas inactifs ou éliminés pour autant. Ainsi, les joueurs sortis, tout comme les joueurs arrivés en cours de jeu, peuvent (re)rentrer dans la partie. Comment ? En étant le plus rapide à taper, lorsque deux cartes de même valeur viennent d’ être jouées !
Rédigé par : Kinder
Dio vi salvi regina
Dio vi salvi, regina e madre universale.
"Dieu vous sauve, Reine et Mère universelle".
Ce sont les premiers mots de l’hymne corse,
Ils s’adressent à la Vierge Marie.
Vénérer la Vierge Marie dans un hymne populaire,
c’est dire sans détour la place privilégiée qu’elle tient dans le coeur d’un peuple.
Dìu vi salvi
Regina
E madre universale
Per cui ci sale
Al paradisu
Dieu vous sauve
Reine
Et Mère universelle
Dont les grâces nous mènent Au paradis
Voi siete gioa è
risu
Di tutti i scunsulati
Di tutti i tribulatti
Unica speme
Vous êtes rire et
joie
De tous les inconsolés
De tous les tourmentés
L'unique foi
A voi sospira è
geme
Il nostru afflitu core
In un mar di dolore
E d'amorezza
Pour vous soupire
et gémit
Notre tendresse qui s'écoule
Dans un océan de peines
Et d'amour
Maria, mar di
dolcezza
I vostri occhi pietosi
Materni ed amorosi
A noi volgete
Marie, océan de
douceur
Que vos yeux si pieux
Maternels et amoureux
Se posent sur nous
Noi miseri
accogliete
Nel vostru santu velu
Il vostru figliu in celu
A noi mostrate
Accueillez nos
misères
Sous votre saint voile
Et votre fils qui est au ciel
Montrez-nous
Gradite ed
ascultate
Ô vergine Maria
Dolce è clemente è pia
Gli affleti nostri accogliete
Agréez et écoutez
aussi
Ô vierge Marie
Douce et généreuse
Nos tendresses unies
Voi da neminici
nostri
A noi date vitoria
E poi l'eterna gloria
In paradisu
Sur nos ennemis
Donnez-nous la victoire
Et aussi l'éternelle gloire
Au paradis
Le vendredi saint.
Au Nord, ce sont a cerca, a parata, et a granitula.
A cerca (du verbe circà, chercher) est une procession rurale qui entraîne un vaste déplacement de la population.
Elle s'effectue à l'aube du vendredi saint et se déroule sur un trajet de plusieurs kilomètres, pour s'achever à midi.
Précédée par les enfants, porteurs de crécelles, elle est conduite par les confréries sous la direction du prieur et des sous- prieurs (appelés mazzeri, massiers, dans la région de Brandu).
Ce terme de mazzeru désigne aussi dans plusieurs villages corses le sorcier.
Les mazzeri portent des mazze (bâtons de confrérie) et sont suivis par les confrères habillés de surplis blancs.
Derrière eux viennent les femmes, habillées de la faldetta, habit cérémoniel fait d'une jupe bleu nuit recouvrant les habits: elle est remontée par l'arrière sur la tête, et devant, retroussée jusqu'à la ceinture comme pour former une poche dans laquelle sont transportées quelques provisions que l'on consomme pendant la longue marche de la cerca.
La faldetta est aussi un habit de deuil et de désolation. Autrefois, les femmes la portaient à l'occasion des funérailles. Dans les sépulcres, la Vierge en deuil en est revêtue.
Pour la cerca, toutes les confréries de la commune de Brandu (Brando) quittent en même temps leurs oratoires respectifs, et visitent les autres reposoirs (sépulcres) de la région. Chaque confrérie effectue donc le même circuit, de sépulcre en sépulcre, empruntant les sentiers qui relient encore les villages. Les processions de la cerca se poursuivent sans jamais se rejoindre. C'est à l'occasion de la cerca que les confréries exhibent le « grand palme » (pullezzula) qu'elles ont tressé les jours précédents, et qu'elles ont fixé au sommet de la croix portée en tête de la procession.
Le tressage de la pullezzula exige une longue préparation : vers la fin de l'été selon les uns, ou au 8 décembre selon les autres, il faut choisir le palmier sur lequel on prélèvera les palmes destinées au tressage.
Les branches du palmier sont liées contre l'arbre afin que le cœur qui poussera à l'intérieur ne verdisse pas. Ainsi protégé, il restera tendre et jaune clair comme l'exigent la coutume et la technique même du façonnage de la pullezzula.
Une semaine avant le vendredi saint, les palmes sont coupées. On les enveloppe dans une toile de sac humide, et on les conserve ainsi quelques jours dans le noir.
Autrefois, on les enterrait mais aujourd'hui, on les place dans un lieu humide et sombre.
Ces tressages sont de véritables œuvres d'art populaire. Le musée d'Ethnographie de Bastia et celui de Cervione possèdent d'ailleurs quelques pullezzule réalisées par le village de San Martinu di Lota (San-Martino-di-Lota).
Un autre type de procession prend place le vendredi saint dans le nord de la Corse; il s'agit de la parafa (du verbe parà, arrêter), dont le terme désigne aussi la haie- obstacle que l'on dresse à l'occasion des rites nuptiaux.
La parafa pasquale a lieu le vendredi saint au soir. Les maisons et les ruelles sont illuminées par des bougies posées sur le rebord des fenêtres et sur les murettes qui longent les rues, dans les anfractuosités des murs.
Si au cours de la cerca, les gens des villages se poursuivent en rond, au cours de la parafa, ils se visitent réciproquement : la parafa se fait entre deux villages.
La population du village visité se range le long des murs et forme ainsi deux haies entre lesquelles s'infiltre la procession du village visiteur. On se rend ensuite au sépulcre où l'on chante des chants liturgiques, puis une cérémonie symétrique s'effectue dans l'autre village.
Dans certaines régions comme la Casinca, la rencontre des deux communautés se fait à mi-chemin, au niveau du cimetière. Là, deux processions se réunissent et partagent un repas fait de beignets au riz (panzarotti), de vin muscat ou de vin ordinaire. Cet échange de nourriture auprès des tombes est sans doute un rite de commensalité avec les morts.
La granitula, troisième forme processionnelle en usage le vendredi saint dans le nord de la Corse, achève souvent la parafa. Il s'agit d'une procession en spirale effectuée par les confréries qui, par ce rite particulièrement difficile à exécuter, marquent l'un des temps forts du cycle cérémoniel corse en période de Pâques.
Mais la granitula s'intègre également dans d'autres fêtes du calendrier religieux. L'une des plus célèbres granitule a lieu au 8 septembre, fête de la Nativité de la Vierge, dans le centre de la Corse, au Niolu. Autrefois, on la faisait aussi pour les Rogations, la Saint-Pierre, etc.
Le terme granitula est le même que celui qui désigne un coquillage marin, le bigorneau, car la procession appelée granitula reproduit dans son tracé la forme exacte de sa spirale. Sous la conduite du massier la procession s'enroule sur elle-même jusqu'à former un point compact; puis elle se désenroule jusqu'à former un cercle qui tourne sur lui-même et finalement se défait.
Ces beaux rites traditionnels (cerca, parafa, granitula), accompagnés par des chants aux tonalités très anciennes, font toute la richesse symbolique de la semaine sainte en Corse du Nord.
Au sud, les processions portent le nom de casci et de catenacciu.
i casci (les grandes châsses), ce sont les statues ou reliques des saints qui patronnent les oratoires disséminés dans la ville de Bunifaziu (Bonifacio).
Chaque quartier a sa « chapelle » et sa confrérie : Sainte-Croix, Saint-Erasme, Saint-Roch, Saint- Dominique et Sainte-Marie-Majeure. Les confréries de Bunifaziu représentent chacune un corps de métier (avocats charpentiers, jardiniers, etc.) comme au temps du compagnonnage.
Le vendredi saint, à l'aube, les quartiers de la ville derrière leur confrérie font la visite des reposoirs. A certains points du circuit qui comprend la ville haute et la ville basse s'étalant au pied des falaises, les confréries se croisent, se saluent en silence en faisant toucher leurs bannières puis continuent leur longue marche. A midi, chacune fait son repas rituel au cours duquel on consomme des fèves fraîches et des harengs.
Le vendredi au soir, les confréries sortent les « grandes châsses» (i casci) représentant le saint patron de l'oratoire, et malgré le poids considérable, les portent en procession jusqu'à la cathédrale de Sainte-Marie-Majeure. En somme, les Bunifazinchi (Bonifaciens) font avec leurs statues d'oratoire la même cérémonie que les Capicursini (Cap-Corsins) avec leur pullezzula
Le catenacciu (de catena, chaîne) est une cérémonie qui se déroule en plusieurs points de l'lIe, le vendredi saint. Le plus célèbre est celui de Sartè (Sartène). Il s'agit d'une mise en scène du chemin de croix que le Christ fit pendant sa Passion; on la retrouve dans plusieurs pays méditerranéens, notamment en Espagne où elle est parfois très spectaculaire.
Le catenacciu est littéralement « le porteur de chaînes ». Il représente le Christ. Habillé et cagoulé de rouge, son identité est strictement secrète, car celui qui a choisi de porter la lourde croix et de traîner les chaînes sur le chemin de la Passion est quelqu'un qui expie une faute grave ou qui a le désir désire réaliser un voeux. Il circule ainsi, pieds nus, dans les rues de la ville, il gravit la colline jusqu'au sanctuaire rural où il s'arrête quelques instants, puis revient jusqu'à l'église, suivi par la foule. Il est entouré de neuf compagnons habillés et cagoulés de noir, parmi lesquels on reconnaît Simon de Cyrène qui, de temps à autre, l'aide à porter son fardeau...
Après avoir gravi la colline et être redescendu sur la place de Sartè (Sartène), achève son chemin de croix au pied de l'autel. Là, il s'affale sur sa croix dont le sommet est appuyé contre la table de cet autel. Il tourne le dos au public. Les fidèles qui ont suivi la procession défilent maintenant dans le chœur. Ils s'approchent de lui, le touchent, se signent et s'en vont. Dès lors, la cérémonie est terminée pour le public. Mais le catenacciu est emmené en secret vers la cellule où, pendant trois jours, il est resté enfermé, dans le silence et le jeûne. Il quittera la ville aussi mystérieusement qu'il y est arrivé.
La semaine sainte, en Corse, est une période d'intenses activités religieuses. Une activité qui mêle les traditions chrétiennes. et des rites dont le symbolisme se nourrit à des sources plus archaïques.
U catenacciu à Sartè
Le vendredi saint, Sartè s'apprête à commémorer avec la population oppressée, l’anniversaire de la plus abominable des exécutions : le chemin de croix de Jérusalem.
A 21 heures la vieille ville revit la passion du christ à travers la procession du catenacciu. Doucement la nuit tombe, les fenêtres s'illuminent de bougies, de lampes.
Les ombres lentes, s'acheminent vers la place.
Nous sommes place Porta, à Sartène, face à l'église Sainte-Marie, qui figure en l'occurrence le lieu du prétoire de Pilate où le Christ vient d'être jugé.
Les portes de l'édifice sacré
s'ouvrent à deux battants, et
la procession sort de l'église.
Le pénitent rouge (u catenacciu),
les chaînes au pied, porte une
lourde croix et s'appête à faire un
parcours de 1,8km, figurant la
montée du christ vers le golgotha.
Il est suivi par un pénitant blanc
(simon de cyrène) et huit pénitents
noirs interprétant les juifs, quatre
d'entre eux soutiennent un dais noir
sous lequel repose un Christ
gisant recouvert d'un linceul blanc,
(celui qu'on a détaché de cette
croix qui écrase l'Homme rouge).
Tous accomplissent le chemin de
croix pieds nus.
Ils sont entourés par les membres de
la confrerie du santisimo sacremento
qui forment
une haie
d' honneur, et de la foule des
fidèles qui chantent sans
interruption
le vieux chant italien corsisant de
pénitence: " Perdono, mio Dio ".
Quel pécher cet homme doit il se faire
pardonner pour se charger ainsi de la grande
croix ?
Quel sentiment pousse les pénitents noirs,
cachés derrière leur cagoule, à porter pieds
nus, le corps sans vie du fils de Dieu ?
La
liste des volontaires du catenacciu est trés
longue ! Pendant des années, il a attendu ce
moment,
Il va penser à sa faute... mainte fois !
U
catenacciu avance, drapé de sa tunique pourpre,
le visage perdu sous la cagoule. Il avance avec
une désespérante tristesse alourdi par les
anneaux de sa chaîne et par le balancement d'une
longue croix .Il avance encore et encore,
l'épaule tuméfiée et meurtrie, humble !
Dans
les ruelles lugubres du Vieux-Sartène, où la
rude montée s'élève par gradins, la scène
navrante du Golgotha se renouvelle : sueur
d'agonie, chutes effrayantes du divin condamné,
que le dernier supplice guette, enfin toutes les
affres de ce suprême sacrifice.
Comme le Christ,
u
catenacciu doit chuter trois fois sur la
route qui le mène au "Golgotha".
La première chute se fait devant
l'oratoire Sainte-Anne,
l'église paroissiale de
Sartene du XVIIIe siécle. Toute la ville
récite le
" Notre Pere " et le " Je vous salue
Marie "pendant que le pénitent reste
couchè sur le sol. Sous le choc de ces
impressions diverses, une immense pitié
vous étreint le cœur et l'angoisse qui
vous rend haletant creuse sur votre
visage les contractions profondes de
l'horreur.
La seconde chute s' effectue sur la
place Porta, au pied de l'église
Sainte-Marie. A mi-parcours, le
catenacciu est soulagé de son fardeau
par Simon de Cyrène, (le pénitent
blanc), celui qui a aidé le
Christ à porter sa croix.
Quel
est donc ce pénitent ? nul ne connaît son nom ,
excepté le curé, On se dit que c'est un sombre
pêcheur qui veut expier. Et il expie, il tombe
et se relève sans aide avec son fardeau. Les
pierres du chemin déchirent ses pieds. Il expie
! la croix massive est lourde et son extrémité
creuse un sillon dans le sol.
La croix pèse toujours 50 kg et la chaîne 15 kg.
Depuis 1955, celle-ci est attachée par un
bracelet de cuir aux pieds du pénitent au lieu
de la cordelette qui lui sciait les chairs.
Une nouvelle halte a lieu à l'intérieur de
l'église Saint-Sébastien qui symbolise le
Golgotha.
U catenacciu s'y recueille et prie
agenouillé devant l'autel, au pied duquel se
trouvent le Christ gisant et la statue de la
Vierge en deuil, pleurant son fils mort.
Sarténe n'est éclairée que par les flammes
de chandelles qui scintillent à toutes les
fenêtres.
Après la troisième et derniere
chute, les pénitents rejoignent
le parvis de l'église
paroissiale.
D’une voix émue et vibrante, un
prédicateur remémore à
l'assistance, pieusement massée,
les étapes de la marche
expiatoire du sublime crucifié.
Ses accents, pleins d'émotions,
font échos aux lamentations
nocturnes de la place.
Puis tous
regagnent l'église Sainte-Marie pour
s' y
recueillir.
La foule recueillie écoute le sermon, prie,
chante le Perdono, mio Dio, perdono, pietà,
appel grave et lancinant qui est repris en
chœur par tous les Corses à la voix
vibrante.
C'est alors seulement que u Catenacciù
rentre dans l'église, dépose la croix sur le
maître-autel et se recueille, entouré de
tous les pénitents. Agenouillés ou couchés
devant le maitre-autel, les pénitents
devront attendre que
tous les pélerins aient baisè un à un le
Christ gisant.
U
catenacciu est reconduit au couvent, et
beaucoup plus tard, dans la nuit, pour ne
pas être reconnu, il regagnera son domicile,
son village, son maquis, sa prison ...
Mais l'on parle encore de ce Rocchini,
dernier bandit à avoir été condamné à mort à
Sartène en 1888, cueilli deux ans plus tôt
par les gendarmes, qui l'avaient laissé
accomplir sa procession rédemptrice. De nos
jours, l'anonymat est strictement respecté.
Cette tradition aurait été importée
d'Espagne par les occupants aragonais,
fondateurs de la ville de Sartène en 1419 la
procession conduite par la confrérie de la
Sainte-Croix se déroulait jadis le 14
septembre, jour où l'on honore
particulièrement la croix du Christ. Mais
depuis une centaine d'années, elle a eu lieu
pendant la nuit du vendredi saint, son
caractère n'a pas été altéré et l'itinéraire
à travers la ville est demeuré le même.
Les sartenais ont à cœur de perpétuer le
catenaccciu dans le respect de la tradition
religieuse.
Anis, pastis et cabri en Corse
Les Jeudi et Vendredi Saints, dans toute la Corse, les pénitents défilent en procession, pieds nus, coiffés de cagoule. Les paysannes les suivent tout au long du chemin de croix et en profitent pour ramasser des branches de romarin qui viendront parfumer la soupe de pois chiche à l'ail et aux lasagnes ou le ragoût de morue aux haricots blancs que l'on sert traditionnellement au menu du Vendredi Saint. À Bonifacio, c'est l'occasion de manger de la fougasse, des gâteaux secs parfumés au pastis et au vin blanc.
Le jour de Pâques, point d'agneau, encore moins de jambon mais au beau cabri bien tendre rôti au four. Au dessert, c'est l'incontournable campanile, un pain sucré en forme de couronne, parfumé à l'anis et à l'eau-de-vie. On glisse des oeufs cuits durs entiers dans la pâte avant de le faire cuire, un peu sous le principe du Tsoureki grec. Plus petit, on dépose un seul oeuf au centre et le pain prend nom de cacavellu.
À Sartène, où les maisons-forteresses s'accrochent à la roche, la procession du Catenaccio se déroule dans la nuit du Vendredi Saint où un pénitent, chaîne aux pieds, croix sur l'épaule, refait le chemin du Golgotha. Dans ce Sartenais pittoresque s'étend le plateau de Cuscione, haut refuge des bergers qui fabriquent le brocciu. Il n'en fallait pas davantage pour que ce fromage viennent farcir de petits chaussons. Il y a aussi les migheches au pastis, les petites couronnes canestres, une boulangerie délicieuse pour accueillir le curé du village lorsqu'il viendra bénir la maison.
Les habitudes alimentaires
L'hiver, au petit matin, on prend le spuntinu, repas léger constitué de café avec du lait, et de châtaignes fraîches grillées dans la calda rustica ou le testu.
L'été ce spuntinu se fait en pleine nature.
L'été, le repas de midi ou cullazione se fait également en pleine nature. Paysans ou bergers portent la merenda, comprenant un morceau de fromage ou de porc salé avec du pain et le petit vin de la vigne familiale. C'est bien souvent la traditionnelle pulenda coupée en tranches (ou le pain) que la maîtresse de maison a préparé la veille. Le matin, elle a cuit au-dessus du fucone le figatellu, imprégnant la tranche de son jus avant de l'y enfermer dans le pain.
L'été, on préfère la saucisse, le jambon ou le lard. Enfin, lorsque la nuit ramène la famille au foyer, on partage le dîner (la cena) tous ensemble. C'est une soupe paysanne ou un bon ragoût qui récompensera les efforts du jour, et qui, l'hiver, précédera le temps de la veillée.
A table, la place du père de famille (padrone) est toujours marquée; on la lui conserve avec respect, même s'il est absent, et surtout s'il est mort. Chaque membre de la famille a sa place autour de la table. On y accorde, une importance quasi superstitieuse car elle traduit la représentation symbolique de l'union familiale, de la vie et du destin mis en commun. Un témoignage du siècle passé précise bien ce sentiment :
"A Bonifacio, lorsqu'un membre, de la famille est absent ou malade, sa place n'est jamais occupée, son couvert est mis, mais le côté de la table où il se trouve est approché du mur, afin que personne ne puisse y prendre place."