Les sentiers aux odeurs de myrte, les criques turquoise, les forêts profondes et les rochers sculptés par la nature font de la Corse une «Île de Beauté» qu'il est difficile d'oublier...
Alors que le bateau approche de Calvi, après une traversée de cinq heures depuis Nice, l'odeur du vent se charge d'un parfum poivré, celui du maquis qui embaume l'Île de Beauté et dont les Corses en exil se souviennent toujours. Ces effluves de mon enfance me rappellent mes vacances d'adolescente passées sur cette île aux paysages féeriques, doux et torturés, où la mer est partout, où les maisons s'accrochent aux flancs de sommets abrupts, où la terre semble murmurer le secret des anciennes coutumes.
J'avais décidé de partir à la recherche de l'héritage de mes ancêtres pour tenter de saisir ce qui avait forgé mon caractère. Au cours de ce voyage, j'ai eu la surprise de découvrir des traditions et des croyances que les Corses se transmettent de génération en génération, toute une culture qui les rend différents. Je comprends mieux, aujourd'hui, pourquoi mon grand-père m'a répété avec fierté pendant des années: «Chez nous, ma petite-fille, nous ne baissons jamais la tête et nous ne nous agenouillons que devant Dieu!» Comme tous les Corses exilés, il souhaitait mourir sur sa terre natale et être enterré près de sa famille, sur son île.
Le littoral de la Balagne
Quand j'arrive à Calvi, à la tombée du jour, je me précipite vers la citadelle qui domine le port le plus prisé des vedettes du monde du spectacle. Une bonne idée puisque, ce soir-là, les Rencontres polyphoniques de Calvi battent leur plein devant la Place d'Armes et que les chants a capella s'élèvent dans la nuit devant les yeux d'un public muet d'admiration. Des airs corses, beaux et émouvants qui évoquent Dieu, la vie quotidienne et la mort, mais aussi des chants arabes pour rappeler que l'île a connu l'emprise des Maures, ainsi que des chants tibétains et bretons parce que les Corses sont solidaires des peuples qui crient leur liberté.
Hormis les municipalités de Sartène, de Corte et les villages, les villes corses sont toutes situées au bord de la mer. Édifiées par des Génois commerçants et marins, elles sont fortifiées et ont été construites dans des abris naturels pour leur permettre de se défendre en cas d'attaque. Calvi, haut perché, domine le littoral de la Balagne avec ses ruelles tortueuses qui grimpent à l'assaut de sa citadelle où se cachent de nombreux petits restaurants typiques. À quelques kilomètres de là, dans le village pittoresque de Calenzana, commence le sentier de grande randonnée GR 20 (le must de la randonnée pédestre, classé par l'Unesco et considéré comme le plus bel itinéraire du monde) qui sillonne une grande partie de la Corse à travers de fantastiques paysages. Des refuges y ont été aménagés dans des bergeries, au coeur de sites paisibles où seul le chant d'un ruisseau trouble parfois le silence. Montagnes, forêts, lacs, cascades, gorges profondes, piscines naturelles, versants sculptés par l'érosion et routes solitaires où des troupeaux de chèvres narguent le touriste sont des images courantes sur cette route de 170 kilomètres.
Quand mon grand-père me parlait du désert des Agriates, il me racontait que l'on pouvait s'y perdre et mourir de soif... Il exagérait! En réalité, il s'agit d'une terre vierge de toute habitation, entre L'Île-Rousse et le village marin de Saint-Florent, où l'on parcourt des kilomètres sans croiser âme qui vive, tout en restant en communion avec une nature fière et sauvage. Puis, sur la côte est, on découvre Bastia, la ville la plus baroque de Corse, d'où l'intérêt de flâner dans son vieux quartier, où les ruelles étroites et les passages «secrets» se déploient autour du marché.
Je me rends ensuite à quelques kilomètres de la ville, à Erbalunga, une antique marine de pêcheurs située sur une pointe rocheuse. Dans ce merveilleux village fortifié avec son minuscule port réservé aux barques et sa petite place couverte de platanes, on ne trouve que deux ou trois restaurants et bistrots. Il paraît que la plupart des maisons du village appartiennent à des vedettes du cinéma et de la chanson qui s'y réfugient hors saison.
Par Andrée-Paule Mignot Source photos : © ATTARD Bonifacio